
Les origines de la place des Solidarités : les suites du mouvement « Indignons-nous – Bloquons tout » du 10 septembre 2025
Cette proposition est née des AG populaires et citoyennes à Vandoeuvre. Elle est portée par un collectif mouvant composé de profils très différents apportant une richesse d’analyse et de vécus.
Des envies communes en ont émergé. Il s’agissait de créer un espace de gratuité pour expérimenter concrètement des alternatives possibles au système qu’on veut nous imposer. Nous avions également à cœur de lutter contre les exclusions en occupant et revendiquant l’espace public, en lui donnant vie et en le partageant ensemble. Ainsi, la gare est apparue comme un endroit symbolique de ces exclusions, favorisées par les pouvoirs publics et privés. En ce sens, nous avions en tête de proposer un espace d’expression et de vie co-construit avec qui le veut, qui appartiendrait à tous et toutes. Enfin, il était question d’agir plutôt que subir en ayant une autonomie d’action. Ce lieu imaginé permettrait de redonner un élan dans nos luttes, de donner envie de s’engager dans l’action et de sortir de l’impuissance, de rendre visible des moyens de résistances, de se rencontrer hors de nos cercles afin d’ouvrir et lier nos luttes sociales, écologiques, antifascistes, décoloniales, féministes, LGBTQIA+…
La Place des solidarités : cinq mois d’expérience collective
Un vendredi par mois, nous avons pu proposer différentes choses sous différentes formes : une zone de gratuité (vêtements adulte et enfant / produits d’hygiène collectés / jouets), un repas partagé fait par une cantine solidaire ou directement cuisiné sur place ainsi que des boissons chaudes et des pâtisseries maison tout au long de la journée, la présence d’associations locales engagées, un open-mic, des prises de parole, quelques concerts et une fresque collective.
Pour cela, nous avons décidé de nous organiser de manière autonome en faisant appel à la débrouille : collectes, récupérations d’invendus, ateliers de banderoles, rédactions et diffusions de tracts et affiches…
Nous avons pu compter sur le soutien de différents lieux, la MJC Lillebonne et l’UL CGT, pour nous accueillir et nous aider logistiquement.
Par contre, nous avons pu faire le constat de la difficulté, voire de l’impossibilité, d’obtenir le soutien des services de la mairie dans l’organisation d’un espace de solidarité locale et internationale. En effet, et pour exemple, nous n’avons jamais eu accès à l’électricité, pourtant demandée à plusieurs reprises, sous prétexte que cet événement est un « événement revendicatif »
Par toutes ces initiatives, nous tentons de reposséder nos espaces communs, de créer du lien et du liant, de faire exister nos actions, nos envies, nos espoirs et penser des futurs plus désirables, solidaires, inclusifs et égaux. Nous en appelons à la créativité, à l’envie de faire, à l’envie de partager et de créer de chacun et chacune.
C’est une action directe positive, de résistance collective et d’autogestion qui, avouons le, est déjà une victoire sur le système.
C’est un espace partagé où des personnes de tous horizons se rencontrent avec des vécus, des souffrances, et des imaginaires pouvant se télescoper. Il est donc parfois complexe et délicat de garantir un espace totalement safe, protégé de toute forme de violence.
Pour autant, cette mixité et cette inclusivité permettent de se connaître, se reconnaître, se comprendre et se soutenir dans notre ville de Nancy. Aller place de la gare, c’est rencontrer des personnes toujours marginalisé·es par les discours dominants et les médias. L’espace d’un instant, il n’y a pas des personnes à éviter mais bien des personnes avec qui partager, qui trimballent des vies dont iels souhaitent parler.
Si on s’écoute, les gens se parlent. Si on on s’évite, les gens construisent des murs. Si on s’entraide, nous changeons ensemble.
Un futur en construction et en réflexion
Nous avons le sentiment que cette initiative est bien accueillie. Des personnes l’attendent d’un mois à l’autre et viennent participer à l’organisation sur place le jour même. Ce sont autant de retours qui donnent sens et envie.
Pour autant, après cinq mois, nous sommes traversé·es par des questionnements et un besoin de ralentir, de prendre du recul pour mieux cerner nos perspectives et le sens de nos actions. Nous tenons à être vigilant·es aux questions d’intersectionnalité et donc à veiller à ce que les dominations de genre, de classe, de race…. ne se reproduisent pas dans cet espace ; d’autant que les personnes peuvent subir plusieurs oppressions et stigmatisations. Nous voulons également prendre en compte nos possibles « loupés » et réfléchir à ne pas figer nos actions dans un mode unique de fonctionnement
Nous pouvons considérer ces derniers mois comme une ébauche, un chantier où tout est encore à penser et construire : pour qui faisons-nous cela ? Est-on encore « Indignons-Nous-Bloquons tout »? Quels modes d’action (car notre action débloque plutôt qu’elle ne bloque) ? Partageons-nous tous·tes les mêmes envies futures ?
La dernière Place des Solidarités s’est donc tenue en février mais nous faisons une pause en mars.
Rejoignez-nous et ensemble soyons force de propositions pour les mois à venir, car il devient nécessaire et urgent d’incarner les changements que nous souhaitons !
