
Depuis 1984, Nancy est jumelée avec Kiryat Shmona, une ville israëlienne fondée sur les ruines du village palestinien Al-Khalisah détruit par Israël en 1948. Bien qu’une commission d’enquête de l’ONU ait reconnu le génocide perpetré par cet État dans un rapport du 16 septembre 20251, les autorités Nancéiennes n’ont jamais remis en question ce jumelage. Nous tentons de vous expliquer pourquoi les élus n’ont pas été à la hauteur de leur mandat sur cette question internationale, alors que le génocide de la population Palestinienne se poursuit.
L’impossible discernement du parti « socialiste »
Parmi les sujets qui ont creusé la distance entre les habitant.es et la mairie, la question du soutien au peuple Palestinien a été parmi les pires manquements que nous avons vécus depuis 2023. Dès le lendemain des massacres organisés par le Hamas, les représentants de la Mairie de Nancy se sont affichés comme soutien à Israël, sans comprendre qu’ils avaient une responsabilité dans la caution qu’ils offraient à cet État dirigé par des politiciens d’extrême droite assumant le nettoyage ethnique et la colonisation comme politique. Emboitant le pas des dirigeants socialistes nationaux, de la droite et de l’extrême-droite, la classe politique locale n’a jamais voulu dénoncer la punition dramatique que l’État d’Israël commettait à l’encontre des Palestiniens. En 2 ans et demi de guerre, Matthieu Klein a toujours soigneusement évité d’utiliser le terme de génocide pour caractériser la politique d’Israël tout en condamnant systématiquement et avec redondance le Hamas dans ses prises de positions. Concrètement, nous avons pu voir la mairie éclairée aux couleurs d’Israël le 9 octobre 20232 mais lorsque des marié.es se sont affiché.es avec le drapeau Palestinien au balcon de la mairie en juin 20253 ces personnes se le sont vu arracher par des agents de la Mairie.
Un mépris envers certaines communautés ?
Il ne serait pas juste de définir la position de Matthieu Klein comme étant bêtement anti-palestinienne ou pro-israélienne, car il a parfois fait des apparitions lors de rassemblements de l’Association France Palestine Solidarité. Cette position est surtout le résultat d’un manque de cohérence politique et d’un mépris caractéristique des élus envers certaines communautés. Nous nous souvenons que le Maire avait par exemple participé avec son adjoint Bora Yilmaz à une journée de lutte contre l’antisémitisme organisée le 29 Novembre 2024, journée internationale de soutien au peuple Palestinien. Ou encore, que la Mairie avait placé une banderole demandant la libération des otages et la Paix, sans aucune mention du génocide ou des massacres que vivaient les palestiniens, alors que sous les fenêtres se tenait, le jour même, une commémoration déchirante, sous forme de lecture des noms des personnes assassinées à Gaza. Plus récemment, la ville de Nancy a décidé de nommer la future médiathèque du Haut-du-Lièvre du nom de la poétesse Palestinienne Fadwa Touquan, en déclarant, dans le même temps, qu’il y aurait également un cofinancement d’un monument à la mémoire des victimes de la Shoah4. Derrière ce soi-disant équilibre, il y a toujours une volonté de ne pas montrer un soutien fort à des dizaines de milliers victimes, au risque de froisser les agresseurs. En définitive, le sentiment qui caractérise le plus la Mairie de Nancy à l’égard de la Palestine a été la lâcheté. A aucun moment nous n’avons pu lire ou entendre une prise de décision qui soit un soutien franc et sincère à un peuple vivant un génocide caractérisé, selon les critères de l’ONU issue de la seconde guerre mondiale marquée par la Shoah. Ce que ne semblent pas comprendre les élus ici et ailleurs, c’est que ce genre de geste est le reflet de leur mépris et qu’il envoie un message à des communautés entières, qu’elles soient arabes, juives, musulmanes, chrétiennes ou autres. Le message ici est simple : « nous méprisons votre réalité ».
L’aveuglement du sionisme
Interrogée par Assemblage, une personne de la communauté juive nous expliquait que le 7 octobre avait transformé la communauté juive organisée de Nancy. Elle serait passée d’une forme de progressisme modéré à une radicalisation de ses positions coloniales pro-israéliennes, à tel point que le soutien au peuple Palestinien y est devenu tabou. Aux vu des positions pro-palestiniennes que défendent les juifs et juives présentes dans les luttes sociales, nous en concluons que le problème est que c’est seulement avec cette communauté structurée que communique Matthieu Klein et que celle-ci a opéré un virage politique depuis 2023. Ce que l’élu ne comprend pas c’est que beaucoup de juifs et juives ne se sentent pas du tout représenté par cette vision de la religion juive, car le sentiment d’appartenance à la communauté juive ne passe certainement pas que par la religion et encore moins par le soutien à un état fasciste. Pire, l’assimilation entre « soutien à Israël » et « communauté juive » à travers la condamnation des propos anti-sionnistes comme étant de l’antisémitisme participe à réduire au silence une partie des juifs pacifistes, tout en donnant la parole à l’extrême droite pro-israélienne !
Faire vivre ici le combat des Palestienien.nes
Finalement, l’aveuglement des autorités locales pour la cause Palestinienne suit la trajectoire des trahisons des progressistes modérés à l’égard des peuples opprimés et des personnes racisées ou des musulman.es. Il est considéré comme acceptable de soutenir un arabe seulement si c’est une poétesse, que c’est fait sans trop de bruit et que ça ne remet pas en cause le soutien à une logique coloniale défendue par les occidentaux. Ce qui est triste mais pas surprenant, c’est que nos élus locaux pourraient avoir le courage de prendre des mesures fortes comme la rupture du jumelage avec Kiryat Shmona, construite sur les cendres du peuple Palestinien, afin d’envoyer un message international et local. Certes, cela blesserait des personnes pro-israéliennes mais cela serait aussi faire le choix du courage, celui de regarder le camp des victimes de la colonisation plutôt que de faire croire que la paix s’atteint sans froisser les agresseurs. Il reste que c’est bien en écoutant les personnes des communautés qui se sentent concernées que nous pourrons sérieusement construire des revendications et des rapports de force que la future équipe municipale sera obligée de respecter.
