
L’aventure des jardins pirates
Née sur Nancy en 2023, la première plantation s’est faite un soir de manifestation contre la réforme des retraites. Chaque soir, les manifestations spontanées s’enchainaient. Et c’est à la fin de l’une d’elles que l’on a planté des fraisiers, framboisiers et rhubarbes à la fac de lettres, alors que se dissipait le nuage de la dernière grenade lacrymogène. La plantation dans ce contexte particulier est le fruit de la rencontre de deux esprits, l’un très présent dans les manifestations militantes, l’autre tournant autour sur son vélo : « C’est bien de manifester mais il faudrait faire quelque chose de plus constructif ». C’est ainsi que sont nés les jardins pirates. Il est important de préciser que ce principe de « planter sans autorisation dans les espaces public délaissés » n’est pas nouveau, il s’inscrit dans une multitude de récits qui ont traversé l’histoire et continuent de fleurir aujourd’hui.
Sur Nancy, plusieurs jardins pirates fleurissent, parfois disparaissent par manque d’entretien. Parmi les grandes plantations des jardins pirates nancéiens, on pourrait citer une trentaine de mirabelliers en février 2025 à trois endroits différents (Haut du Lièvre, fac de médecine et Boudonville), ou les 200 pieds de tomates (ainsi que des concombres, aubergines et melons) en plein milieu de la place Carnot pendant l’été 2025, donnant énormément de tomates. Plus récemment en février 2026, la plantation de 200 framboisiers sur la place Carnot, Boudonville et la porte de la Craffe. Les pirates ont peu de moyens, mais des connaissances dans le domaine des plantes, et du réseau pour venir s’approvisionner, ou créer eux-mêmes leurs plants.
Structuré sur WhatsApp, le groupe compte à l’heure actuelle plus de 70 membres, dont une vingtaine qui ont été actifs à un moment sur l’année. La plus grande journée avec 12 personnes différentes, fut celle de la plantation des 200 framboisiers. Et nous avons encore pu agrandir les rangs de la piraterie avec de nouvelles recrues. Les outils sont cachés dans des lieux que les pirates connaissent pour être accessibles, et les plants partagés pendant la plantation avec la possibilité d’en ramener chez soi. Faire quelque chose sans intérêt personnel, pour le bien commun, permet de fédérer et d’augmenter l’engagement des personnes qui entendent parler de nos actions (via la presse ou les réseaux sociaux). On reçoit alors des propositions de plants, parfois même de terrains avec récemment un prêt gratuit d’un jardin de 1500m2 avenue de la Libération ! Notre prochaine plantation sera celle d’une centaine de mirabelliers en banlieue de Nancy majoritairement.
Face au béton qui déracine nos existences, la ville ne propose qu’une nature entravée dans des bacs, étouffée dans sa libre expression. Que les gazons deviennent des morceaux de paradis.
