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	<title>Archives des Entretien - Assemblage</title>
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		<title>Rouler entre les discriminations et la précarité : la réalité des livreurs à vélo.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Mar 2026 10:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #7]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années, les livreurs à vélo traversent Nancy et assurent des services à la population tout en étant soumis aux logiques commerciales des plateformes Uber ou Delivroo. Pour mieux comprendre leur vécu nous avons interrogé Medhi, « cyclo-logisticien » dont l&#8217;organisation de livraisons est le métier. J’ai commencé en tant que coursier ou livreur à vélo [&#8230;]</p>
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<p>Depuis quelques années, les livreurs à vélo traversent Nancy et assurent des services à la population tout en étant soumis aux logiques commerciales des plateformes Uber ou Delivroo. Pour mieux comprendre leur vécu nous avons interrogé Medhi, « cyclo-logisticien » dont l&rsquo;organisation de livraisons est le métier.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Est-ce que tu peux te présenter ?</strong></li>
</ul>



<p>J’ai commencé en tant que coursier ou livreur à vélo en 2018. Les deux termes peuvent être utilisés pour définir mon activité. Cependant, les gens visualisent mieux notre activité lorsqu’on leur dit « Je suis livreur à vélo ».&nbsp;</p>



<p>J’ai débuté avec les plateformes Deliveroo et Uber. Cela se passait bien la première année et puis les conditions de travail se sont fortement dégradées d’année en année. J’ai donc décidé de m’affranchir de ces plateformes et d’élargir mon activité en devenant cyclo-logisticien. Cela correspondait mieux à mes valeurs et à mes engagements.</p>



<p>Pour ce qui est des livreurs à vélo que tu peux voir à Nancy, ce sont des micro-entrepreneurs qui dépendent de donneurs d’ordres (Uber et Deliveroo majoritairement). Le modèle économique et social est contestable et aberrant mais il convient à une partie des acteurs de ce système. Le fait e les livreurs à vélo en soient les principales victimes ne compte pas puisque les autres sont satisfaits.&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Les livraisons à vélo font partie du quotidien de Nancy mais le profil des livreurs a évolué au cours des dernières années, peux-tu nous expliquer ce qui a changé ? </strong>         </li>
</ul>



<p>Il y a beaucoup de choses qui ont changé. En 2018 &#8211; 2019, nous étions sur un profil de livreurs à vélo bien différent. Les plateformes ont séduit des étudiants et des jeunes actifs sportifs qui aimaient le vélo et trouvaient là le moyen de gagner leur vie en se faisant plaisir. Le prix payé au livreur était intéressant et les livraisons ne se faisaient qu’à vélo. Mais les plateformes ont commencé à accepter la livraison à scooter et en voiture et ont drastiquement baissé la rémunération d’année en année. Nous avions la possibilité de refuser les courses si le prix était trop bas mais il est évident que pour une personne précaire il vaut mieux très peu que rien du tout. Et cela a séduit les plateformes. De la main d’oeuvre en nombre et peu coûteuse. Alors en quelques années nous sommes passées d’un profil de livreur jeune étudiant ou actif sportif à vélo à des livreurs beaucoup plus précaires de tout âge, à vélo mais aussi à scooter et même en voiture. Et surtout à beaucoup de livreurs sans papiers qui sous-louent un compte à un autre livreur. Nous utilisions ces plateformes comme un tremplin là où désormais aujourd’hui beaucoup en dépendent totalement.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Est-ce que tu peux nous parler de la décision prise par la mairie d’interdire des zones particulières de Nancy aux livreurs à vélo</strong><strong>? </strong>         </li>
</ul>



<p>C’est ce que l’on appelle des zones blanches. Les livreurs sont géo-localisés. C’est ce qui leur permet de recevoir une commande sur l’application du donneur d’ordre. Cependant les plateformes peuvent, sur demande, mettre en place des zones blanches sur un périmètre défini. C’est à dire que si un livreur se trouve dans cette zone il ne pourra pas recevoir de commande. Il doit impérativement s’en éloigner pour pouvoir travailler.&nbsp;</p>



<p>La mairie, suite à des réclamations de riverains ET de restaurateurs, a par exemple demandé à Uber de mettre en place cette mesure sur toute la place Charles 3 (dite « Place du marché »). Les livreurs représentaient, semble t-il, une nuisance et, mettre en place une zone blanche permettait d’éloigner ou d’éclater le problème. Ces zones sont mises en place arbitrairement sans consultation des livreurs. J’ai pris l’exemple de la place Charles 3 car c’est vraiment le plus visible, mais ces zones blanches peuvent êtres déployées n’importe où et il y en a dans d’autres rues du centre-ville.&nbsp;</p>



<p>Ce qui m’a particulièrement choqué dans la mise en place de cette zone blanche c’est que ce n’est pas par plaisir qu’ils restaient place Charles 3 avec les conditions météorologiques parfois compliquées, mais bien par nécessité. Et surtout, ils étaient présents car les restaurants sur la place profitent de ce service de livraison. Les livreurs à vélo qui attendaient sur la place Charles 3 ne sont pas une nuisance mais une conséquence. Avec une zone blanche, on traite la conséquence, non la cause. Et surtout un livreur n’est pas rémunéré pour aller retirer sa course. Donc plus il sera éloigné des restaurants, plus il lui faudra du temps pour s’y rendre donc moins il pourra faire de courses dans la journée et au final … moins d’argent pour vivre.&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Tu as voulu interpeler la municipalité sur le fait que cela correspondait à des logiques d’exclusion s’appuyant sur du racisme ou de la précarisation de gens déjà fragiles, peux-tu nous expliquer pourquoi ?</strong></li>
</ul>



<p>J’alerte sur la précarisation de la condition des livreurs à vélo depuis plusieurs années déjà. En 2018-2019 nous nous rassemblions par petits groupes dans différents points de la ville. Pourtant, il n&rsquo;y avait pas de plaintes à notre encontre. Le profil des livreurs a évolué et les plaintes à leur encontre ont commencé à apparaitre. <strong>Plus les livreurs sont précaires et racisés</strong><strong>,</strong><strong> moins on les accepte sur la voie publique.</strong> Depuis que j’ai commencé ce travail, j’ai entendu des remarques racistes de la part de certains restaurateurs, contents d’utiliser les personnes racisées, mais qui refusaient par exemple qu’ils utilisent leurs toilettes. Et puis j’ai vu une aberration qui s’est normalisée. Le fait que les livreurs à vélo ne devaient plus entrer dans le restaurant pour retirer une commande. Il ne faut pas qu’ils soient visibles, que les clients les voient. On les utilise (exploite) mais il faut qu’ils soient le plus possible éloignés, de façon à les invisibiliser. La rémunération de la part des plateformes est de plus en plus basse mais, de l’autre côté, certains choix précarisent encore plus en compliquant les conditions de travail de ces personnes déjà fortement précarisées. Et d’ailleurs une conséquence prévisible de la précarisation et de la dégradation des conditions de travail des livreurs à vélo : de plus en plus de livreurs de repas se transforment en Uber-shit. Si on t’éloigne de ton lieu de travail, si on te précarise encore plus et ne te permet pas de vivre dignement, il est aisé de se retrouver dans ce système de revenu complémentaire. J’ai alerté mais Uber (avec qui la municipalité échange) a un discours beaucoup plus vendeur que le mien.&nbsp;</p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Il y a eu une tentative de créer un local pour les livreurs mais cela n’a pas duré longtemps, peux-tu nous parler de cette tentative ?</strong></li>
</ul>



<p>C’était un de mes souhaits lorsque je me suis émancipé des plateformes. J’ai eu comme projet de créer une « Maison des coursiers ». Coopcycle m’a énormément aidé dans l’élaboration de ce projet qui s’est développé et pérennisé dans d’autres villes. D’ailleurs c’est la municipalité qui m’a contacté en premier pour échanger sur la problématique des livreurs à vélo. Lorsque j’ai proposé ce projet de Maison des coursiers, ils m’ont suivi. Au départ, il y a eu une véritable demande de leur part et une écoute. Cependant, dans le modèle et l’application qui s’en est suivi je savais que cela ne fonctionnerait pas. Cela a été fait sur le modèle de l’expérimentation. La municipalité n’a pas été satisfaite du taux de fréquentation. Je pense vraiment, qu’au départ, il y a eu un réel désir de bien faire de la part de la municipalité mais qu’au vu des résultats ils n’ont pas souhaité aller plus loin. Cependant le modèle n’était pas le bon pour la réussite de ce local. <strong>L’application du projet a été faite avec leur logique et non en se mettant à la place des livreurs.</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Selon-toi, que faudrait-il faire pour améliorer le quotidien des coursiers et quels acteurs devraient agir ? (plateforme, loi nationale,  acteurs locaux, responsabilisation des client.es,</strong><strong>etc.)</strong></li>
</ul>



<p>Cela risque de ne pas plaire mais <strong>nous avons tous notre part de responsabilité</strong><strong>dans la précarisation des livreurs à vélo</strong>. Ce statut existe depuis plusieurs années déjà et toujours rien n’est fait au niveau national. Pourtant plusieurs décisions de justice sont allés dans le sens des personnes ubérisées. Que cela soit au niveau national ou européen. Pour améliorer leurs conditions nous avons tous notre rôle à jouer. Les plateformes en premier, mais elles ne le feront pas car leur rentabilité en dépend. Effectivement il faut des lois au niveau national qui tardent à venir, mais même au niveau local, que cela soit la municipalité, comme les clients et les restaurateurs, tous ces acteurs ont aussi un rôle à jouer dans l’amélioration des conditions des livreurs. On ne peut pas justifier le fait de ne rien faire en se reposant uniquement sur la responsabilité des plateformes. Celles-ci laissent les livreurs sans protection mais la municipalité fait exactement la même chose au final. Ces livreurs sont des citoyens et des habitants de Nancy. Les restaurateurs pourraient trouver un système moins couteux et plus efficace (et plus moral) que de passer par ces plateformes. Avant, elles avaient leur propre flotte de livreurs par exemple. Le dernier maillon est le client qui doit avoir conscience qu’en utilisant ce service, il ne permet pas à une personne de vivre mais uniquement de survivre et qui plus est dans des conditions déplorables. En tant que coursier, je peux vous dire que d’attendre ou de rouler sous la pluie, la neige, le froid, le vent, ce n’est pas vraiment un métier de rêve et c’est loin d’être simple, physiquement comme psychologiquement. Et encore là je ne parle que des conditions climatiques, mais il y a aussi le regard de l’autre, les remarques, le manque de respect et de considération voire même pire, le moyen par les clients de faire de fausses déclarations pour se faire rembourser et ainsi pénaliser un livreur qui se fera exclure. Tout le monde participe à son échelle à la mise au ban des livreurs à vélo qui pourtant sont devenus un maillon essentiel de notre économie.&nbsp;</p>



<p><em>Propos recueillis en Janvier 2026</em>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>J’avais honte d&#8217;être arabe, alors j&#8217;essayais de m&#8217;assimiler.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Aliya]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2026 15:57:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici le témoignage de Leïla, qui a grandi à Saint-Dizier et vit à Vandœuvre. Asbg: Bonjour Leïla, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ? Leïla: Je vis actuellement à Vandœuvre-lès-Nancy où je suis doctorante à l’Université de Lorraine. Je suis française d’origine algérienne de confession musulmane. J’ai grandi dans le quartier populaire [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2026/02/20/javais-honte-detre-arabe/">J’avais honte d&rsquo;être arabe, alors j&rsquo;essayais de m&rsquo;assimiler.</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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</div></div>



<p>Voici le témoignage de Leïla, qui a grandi à Saint-Dizier et vit à Vandœuvre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Bonjour Leïla, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?</h3>



<p>Leïla: Je vis actuellement à Vandœuvre-lès-Nancy où je suis doctorante à l’Université de Lorraine. Je suis française d’origine algérienne de confession musulmane. J’ai grandi dans le quartier populaire du Vert-Bois à Saint-Dizier. Je ne sais plus trop où me placer à présent au niveau du milieu social (transclasse) : je n’ai plus le même capital ni les problématiques de mon<br>milieu d’origine (populaire) mais j’y reste très attachée, influencée. Je m’identifie (et je suis identifiée comme) : nord-africaine, berbère arabophone, arabe, maghrébine… Les quatre me vont.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Quelles ont été tes premières expériences du racisme ?</h3>



<p>Leïla: J’y réfléchis depuis quelque temps mais c’est un peu flou pour le moment. Ma réponse sera vague, je vais surtout parler de ressenti. Pendant un temps dans mon enfance je n’arrivais pas à accepter le fait que le racisme soit possible en France, alors à chaque cas je trouvais d’autres raisons. Si bien que j’aurais du mal à trouver des exemples concrets avant la fin du collège, car je les niais en bloc, c’était une façon de me protéger ou d’embellir le monde.</p>



<p>J’étais dans un collège REP+ de mon quartier, très mixte, le racisme était peu présent entre élèves, au contraire on vivait tous ensemble. J’entendais des « beurette » ou des blagues sur le fait qu’on soit des voleurs et d’autres clichés, mais d’une manière bien moins prononcée qu’au lycée ou du moins je l’interprétais différemment, je n’avais pas vraiment conscience du racisme ordinaire. Saint-Dizier est une ville où l’extrême droite a toujours été ancrée, et le racisme y est assez normalisé : on ne s’étonne pas d’entendre des mots racistes, et on laisse passer, « c’est normal il ne faut pas le prendre mal, il est pas méchant,<br>il vient du village X ».</p>



<p>À l’extérieur de l’école, j’ai grandi avec une bonne cohésion familiale, je voyais souvent mes grands-parents paternels, oncles et tantes, cousin·es, ami·es de la famille. La culture maghrébine était marquée, j’ai grandi avec nos pratiques culturelles et religieuses. Je précise cela car pourtant, j’avais de gros problèmes avec mon identité à cette période-là.</p>



<p>À mon avis, l’un des éléments marquants a été les révoltes de 2005 et de 2007 (seulement à St-Dizier), et les élections présidentielles de 2007 (j’avais 8-9 ans). Là tout de suite des paroles ou actes concrets m’attaquant personnellement ne me<br>reviennent pas, mais je me souviens de mon ressenti. Le regard porté aux habitants du Vert-Bois était teinté d’un racisme crasse, très diabolisé (c’est encore le cas). Les discours ambiants, que ce soit à la télé ou dans ma ville, étaient foncièrement racistes. En plus des discours dans les médias, je crois que pendant longtemps, la plupart des échanges avec des personnes<br>non-racisées sur mes origines (ou religion) étaient péjoratifs (sur le ton de la blague ou non), jamais positifs ni avec une véritable curiosité. On demandait rarement mes origines, on les supposait directement, à travers des blagues racistes ou du mépris. Sur tous les points de vue : mal-éduqué, voleur, religion de barbare, culture médiocre (raï, rap, totalement méprisés), mépris de la langue arabe, etc. Donc, en dehors du cercle familial ou communautaire, j’avais l’impression que mes origines étaient seulement synonymes de mauvaises choses, le miroir des pires comportements.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Et concernant ces émeutes de 2005 et 2007, comment ont-elles été vécues dans ta famille ?</h3>



<p>Leïla: La question des violences policières a toujours été très présente. Ce sujet ou la question du racisme ne sont pas tabous dans ma famille, ils partageaient les mêmes revendications et n’étaient pas surpris par le traitement médiatique accordé aux quartiers.<br>Pour en revenir aux révoltes, on ne m’en parlait pas directement, mais je me rappelle d’une discussion sur les violences policières à table avec mes frères/sœur/parents, où je défendais la police avec émotion. À cet âge je glorifiais un peu la police, là pour nous protéger. Je me rappelle de cette discussion car j’ai pensé et dit que nous (les Arabes) étions le problème. Cela<br>me faisait trop de mal d’accepter le racisme, où le fait qu’on ne pouvait pas avoir confiance dans les institutions, dans la police. J’avais envie de me persuader que la France ne voyait pas les couleurs, d’avoir confiance en la devise nationale. C’était plus<br>« simple » pour moi, a priori, de nous considérer comme mauvais, plutôt que d’accepter le racisme systémique de ce pays. D’ailleurs en y repensant, je voyais et reconnaissais bien plus le racisme contre des autres minorités (anti-noirs, antisémitisme…) que le racisme anti-arabe/anti-musulman. J’avais aussi un peu absorbé les discours coloniaux, sur les fameux bienfaits de la colonisation (un comble au vu du parcours de ma famille). Absorbé mais pas trop, je sais que ces questions me tiraillaient.</p>



<p>Je me rappelle donc que j’étais totalement tiraillée sur mon identité, imprégnée par les discours rabaissants, je me/nous sentais (sans l’accepter pour autant) comme des sous-individus, avec une sous-culture, une sous-religion. Si bien que pendant<br>un court moment en fin primaire/début collège, j’avais honte d’être arabe, alors j’essayais de m’assimiler. J’essayais de fuir les clichés ou tout autres signaux (cheveux lissés et non frisés, vocabulaire soutenu – c’est con…). Pourtant, comme dit plus haut,<br>mon collège était mixte, mon quartier aussi. Je dis que j’avais honte, mais d’un autre côté, avec ma famille ou dans mon quartier, j’en étais aussi fière quelques fois.<br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Rétrospectivement, comment vois-tu cette crise d’identité ? Et comment s’est-elle résolue ensuite ?</h3>



<p>Leïla: Aujourd’hui, je pense que j’ai pu avoir ces pensées et cette crise d’identité à un moment à cause, aussi certainement,<br>d’un mépris social. Je pense que les discours ont marché sur moi à l’époque car je considérais les profs, les politiques, comme des figures d’autorité par leur statut social. Je voyais ces gens comme des personnes de savoir, qui ne pouvaient pas mentir. Et avec BFM TV en toile de fond, au vu des invités, ça n’aidait pas. Par contre, mes parents, oncles et tantes, ouvriers et concerné·es, je considérais qu’ils n’étaient pas fiables. Je crois que j’assimilais aussi beaucoup mes origines à mon milieu social. J’ai réalisé à quel point une enfance avec ces discours ambiants ont fait naître en moi une certaine honte de mes origines quand j’étais petite, l’impression que l’on m’avait volé le droit de voir la véritable richesse de ma culture et le droit d’en être fière en dehors du cercle familial. Aussi, ça n’a pas duré pendant toute mon enfance, je n’avais plus ces pensées à la fin du collège. En grandissant et en changeant un peu de fréquentations, j’ai pris conscience des discriminations, j’ai embrassé ma culture et je me suis réappropriée mon identité.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Au lycée, as-tu également été confronté au racisme ?</h3>



<p>Leïla: Au lycée le racisme prenait des formes bien plus claires. Très peu de racisé·es en bac général (on nous suggérait d’aller en pro). Des discours ou blagues racistes quotidiens : « beurette », « bicot », « bougnoule ». Un camarade de classe me disait souvent que jamais il ne m’inviterait chez lui, car « [ses] parents ne veulent pas de « bicot » à l’intérieur de la maison » (la question ne se posait même pas d’ailleurs). Des blagues sur le fait de voler systématiquement, ou de vouloir faire exploser quelque chose étaient fréquentes.</p>



<p>L’attentat contre Charlie Hebdo en 2015 a été un basculement au niveau de l’islamophobie. Trois ans avant déjà, après les attentats de Mohammed Merah à Toulouse et Montauban, j’avais ressenti l’islamophobie : j’étais alors en 4ème et on me demandait de me justifier. Les jours qui ont suivi l’attentat contre Charlie Hebdo étaient compliqués, le doute persistant car<br>j’étais perçue comme musulmane : que ce soient les profs ou les élèves, on me demandait souvent de me justifier, de prouver que je ne cautionnais pas l’attentat, et que j’étais Charlie. En Terminale quotidiennement, lorsque j’ôtais ma veste, on me<br>demandait si j’avais du couscous ou une ceinture d’explosive cachée. Le jour de l’attentat du Bataclan j’ai reçu des messages disant que mes « cousins avaient encore frappé, toujours les mêmes », et que la télé devrait m’« interroger car [j’étais] spécialiste des explosifs ». À cette époque-là je prenais cela à la légère, seulement des blagues, encore une fois, c’est normal à Saint-Dizier… On m’a aussi dit, sans contexte, « Toi, t’es pas comme les autres », « T’es bien intégrée ». Je trouve la première phrase profondément bien plus blessante que des insultes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Est-ce que tu as eu aussi des expériences sympathiques, des rencontres avec adultes antiracistes, l’amitié et la solidarité entre jeunes des quartiers populaires indépendamment de leurs origines ?</h3>



<p>Leïla: L’amitié ou de la solidarité entre jeunes des quartiers populaires indépendamment de leurs origines, oui bien sûr ! On était assez mélangé·es, pas clôturé·es. Je n’ai pas forcément de souvenirs avec des adultes antiracistes avec des marques de soutien clair. En termes d’opportunités, je sais que mon ancien metteur en scène à la MJC a permis de réaliser une web-série proposée par des jeunes de mon quartier (pour valoriser notre quartier). Au niveau des profs aussi, un de mes profs d’histoire mettait énormément de choses en place pour les élèves, des cours en plus d’archéologie, de PPRE (programme personnalisé de réussite éducative) mais aussi de PPRE « d’excellence » où l’on faisait des débats sur des sujets d’actualité toutes les semaines. On a aussi pu faire 3-4 sorties à Reims pour nous faire découvrir l’enseignement supérieur en visitant des DUT (pas toute la classe, seulement des élèves choisies sur critères sociaux, des boursiers). Cela ne relève pas de l’antiracisme mais du milieu social, mais cela a fait la différence de voir à quel point ces personnes se souciaient de ces questions.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Tu as parlé de l’école, du collège et du lycée. Et depuis que tu es étudiante, en ayant aussi changé de ville, est-ce que tout cela a disparu ?</h3>



<p>Leïla: Cela n’a pas disparu mais cela est bien moins fréquent ou ambiant, les gens sont plus sensibilisés, mais lorsque c’est le cas c’est plus profond et idéologique j’ai l’impression. J’ai eu la chance d’être dans un campus (à la fac de sciences) multiculturel, solidaire et enrichissant, où l’extrême droite n’est pas sur le terrain. Je sais que ce n’est pas le cas partout.</p>



<p>Je te donne quelques exemples avec des étudiant·es, tout de même.</p>



<p>Lors du mouvement contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es (le décret « Bienvenue en France»), en 2019, je tenais un groupe/page Facebook nancéien sur la lutte, j’y mettais des informations, les CR d’AG, les actions locales et nationales, etc. J’ai reçu entre autres, en commentaires par deux étudiants (pas anonymes d’ailleurs) : « bougnoule » et « tu dois être bien concerné et ça tfais bien chié de savoir qu’il faut payé pour tes études », car ils ont vu mon patronyme. Ces propos ne me touchent pas mais cela brime ma parole, je m’autocensure. Je sais qu’elle est parfois moins considérée ou plus facilement attaquable. C’est également le cas en ce moment avec la situation en Palestine, mon patronyme rend mon jugement a priori faussé ou pire, renvoie à de l’antisémitisme !</p>



<p>Autre exemple, on débattait avec une ancienne amie d’enfance, étudiante en master à l’époque. Je lui disais que Zemmour était islamophobe, j’ai eu comme réponse : « Non, il n’est que contre les musulmans traditionnels qui viennent du bled, toi t’es musulmane modérée ». Dans un autre débat elle m’a dit que, je cite, cela crevait les yeux que le problème de la France ce sont les délinquants (en fait, les Arabes) des quartiers populaires, qu’il suffisait de regarder la tête des prisons, et que je ne l’assumais pas car j’étais arabe. J’étais sa meilleure amie d’enfance et on était scolarisées dans les mêmes établissements, j’ai trouvé cela fou d’entendre cela de sa part. Elle s’est rapprochée de la Cocarde en allant à la fac (plus maintenant). J’ai eu une discussion similaire avec une personne de ma promo que je considérais comme ouverte et sympa, qui finalement, m’a ressorti les pires discours et théories complotistes de l’extrême droite.</p>



<p>Une anecdote encore : je raconte une histoire où j’ai vu un bus brûlé, un étudiant que je ne connais pas plus que ça me coupe : « C’est toi qui l’as brûlé, décidément les Arabes ! ». Quelques minutes avant il a également dit que les policiers aimaient taper du « bougnoule ». Personne n’a réagi dans les deux cas.</p>



<p>Même au sein de mon labo, l’un des endroits où je ne m’attendrais à aucun comportement de ce genre, j’ai été témoin ou on m’a rapporté es propos et insultes racistes.</p>



<p>En dehors de l’université, j’ai travaillé dans le milieu de la restauration rapide pendant quelques étés en parallèle de mes études. Je me rappelle d’un été où, lorsqu’une tâche était mal faite, ou qu’un vol de nourriture était soupçonné, un manager<br>ne cachait pas son racisme et pointait les employé·es arabes du doigt directement. Cette même personne a sous-entendu également que nous étions là (les racisé·es noir·es et arabes) grâce au piston seulement.</p>



<p>Je me rappelle d’un autre été où nous étions deux maghrébines, plusieurs de nos collègues nous appelaient par le même prénom, sous prétexte que c’était « pareil » et que nous nous ressemblions.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: On voit monter les racismes et les replis identitaires, et il semble que les choses s’accélèrent. Comment appréhendes-tu la situation actuelle et l’avenir ?</h3>



<p>Leïla: J’appréhende beaucoup, que ce soit au niveau national ou international. Je vois un soutien plus ferme d’une partie de la gauche, et j’ai vu de très belles formes de solidarité durant les différents mouvements sociaux ces dernières années, où des militant·es de différents combats se sont rapproché·es pour lutter ensemble. Mais la situation actuelle est terrible d’inhumanité et j’ai du mal à y voir un avenir optimiste : le cimetière qu’est la Méditerranée, la gestion des réfugié·es, le soutien à Israël, la déshumanisation du peuple palestinien… Au niveau du gouvernement français, cette année a été un tournant où les digues ont cédé avec la victoire idéologique de l’extrême droite : la loi immigration, l’opération Wuambushu et la fin du droit du sol à Mayotte… les choses s’accélèrent effectivement. L’extrême droite gagne du terrain et est complètement dédiabolisée, le gouvernement adopte ses idées, de plus en plus de groupuscules d’extrême droite manifestent et mènent des attaques dans nos rues, en toute impunité.<br>La réponse politique uniquement répressive après la mort de Nahel et les révoltes des quartiers populaires m’inquiètent beaucoup. Le nombre de comparutions immédiates et de peines totalement démesurées, les multiples violences policières, l’affaire Hedi et la grève des policiers avec le soutien de Darmanin… Il est difficile de voir une autre conclusion que celle-ci : un policier devenu millionnaire après avoir tué un jeune racisé, le total soutien à la police, et encore plus de répression dans les<br>quartiers populaires, où nos vies et nos préoccupations ne valent rien. Les annonces de Gabriel Attal en janvier donnent le ton : il n’est toujours pas question d’écouter les préoccupations des quartiers populaires, mais d’y asseoir son autorité. Les élections européennes ne présagent rien de bon, et j’imagine que 2027 non plus.</p>



<p></p>



<p><br><em>Propos recueillis en avril 2024.</em></p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2026/02/20/javais-honte-detre-arabe/">J’avais honte d&rsquo;être arabe, alors j&rsquo;essayais de m&rsquo;assimiler.</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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		<title>Il y a certaines situations qui te rappellent que tu es noire avant tout</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 15:01:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le racisme anti-noir est une réalité à laquelle fait face Juliette, depuis son enfance. Née d’un père camerounais et d’une mère française, elle vit un racisme normalisé encore aujourd’hui, à Nancy. Asbg. Bonjour Juliette, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots&#160;? Juliette. J’ai 25 ans, je vis à Nancy. Je suis originaire de [&#8230;]</p>
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<p>Le racisme anti-noir est une réalité à laquelle fait face Juliette, depuis son enfance. Née d’un père camerounais et d’une mère française, elle vit un racisme normalisé encore aujourd’hui, à Nancy.</p>



<p></p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Bonjour Juliette, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. J’ai 25 ans, je vis à Nancy. Je suis originaire de la Meuse et je suis arrivée ici à Nancy pour mes études. J’ai grandi dans un village où j’ai été confrontée au racisme. J’étais la seule Noire à l’école, au centre aéré… J’ai subi des moqueries régulières sur mes cheveux et sur ma couleur de peau que j’avais essayé d’éclaircir à l’eau oxygénée quand j’étais petite. A cause de mon mal-être et de ces moqueries, quand j’avais 9 ou 10 ans, mes parents m’ont emmenée chez le coiffeur pour les défriser. Chose que j’ai continué à faire les 10 ans qui ont suivi.</p>



<p>Mon père est noir, il vient du Cameroun, il a un accent prononcé. Il travaille dans un environnement de classe moyenne aisée où il subit le racisme, mais il laisse couler. Mes copines se moquaient de l’accent de mon père et de sa couleur très foncée. Toute petite j’en voulais à mes parents, on ne m’avait pas expliqué le racisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Au collège, au lycée, as-tu été directement confrontée au racisme&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. Un exemple chez une copine, près de la piscine, son grand-frère qui dit&nbsp;: «&nbsp;Il ne faut pas que Juliette vienne se baigner, parce que l’eau va être noire&nbsp;». Sur le coup, à l’époque, j’ai juste perçu que ça n’était pas gentil. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai pris conscience de la dimension raciste de ses propos. Un autre exemple, au collège, j’ai joué dans deux comédies musicales&nbsp;: dans «&nbsp;Autant en emporte le vent&nbsp;» on m’a fait jouer deux rôles, celui du ramoneur et celui d’une esclave dans un champ de coton. Et puis dans «&nbsp;Le Roi Soleil&nbsp;», j’ai encore joué le rôle d’un esclave. Sur le moment je n’ai pas perçu de problème. Rétrospectivement j’en veux à mes parents de n’avoir rien dit&nbsp;! Ils voulaient éviter de faire des vagues, c’est difficile à assumer quand tu vis dans un village. Pourtant j’aurais voulu que, quand j’étais petite, ils me disent «&nbsp;Ta couleur est belle&nbsp;» et d’autres choses positives, pour s’opposer à ce que j’entendais, «&nbsp;elle est noire parce qu’elle est sale&nbsp;», «&nbsp;le noir c’est impur&nbsp;», etc.</p>



<p>La moitié de ma famille est blanche. Mon grand-père maternel était italien. Quand ma mère était petite dans les années 60, elle se faisait jeter des pierres en se faisant traiter de «&nbsp;bougnoule&nbsp;» en raison de la couleur de peau foncée des Italiens du Sud. Pourtant de ce côté de ma famille, ils considèrent que la question du racisme, «&nbsp;c’est compliqué&nbsp;». En dehors de ma famille, en général je n’ai pas rencontré de soutien du côté des adultes. Certains en ont été témoins, par exemple quand d’autres élèves jouaient avec mes cheveux&nbsp;en disant «&nbsp;Les cheveux de Juliette ils sont marrants&nbsp;», les profs n’avaient aucune réaction. <strong>C’est pourtant bien quand ce sont des personnes blanches qui reprennent les racistes, dans certaines situations ça a plus de poids que quand ce sont juste les victimes qui protestent.</strong></p>



<p>Le seul soutien que j’aie rencontré, c’est celui d’une amie au lycée. Alors que je ne laissais rien paraître qui pouvait relever de la culture africaine, elle me disait&nbsp;: «&nbsp;Pourquoi tu n’assumes pas, c’est trop bien&nbsp;!&nbsp;». Lorsque j’étais adolescente, j’avais très peu de personnalités à qui m’identifier et je n’avais pas conscience que les femmes noires qui étaient représentées n’étaient pas les seuls modèles à qui s’identifier. Que ce soit dans les séries américaines, les chanteuses, les films, il y avait très peu de diversité. En gros, tu dois ressembler à Rihanna, sans autre alternative. Maintenant, je trouve que les représentations ont beaucoup évolué et c’est une chose très positive, surtout pour les jeunes filles qui, comme moi à l’époque, avaient du mal à accepter leur couleur de peau.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Est-ce que ta situation a changé en devenant adulte ?</h2>



<p>Juliette. Quand je suis arrivée à Nancy, j’arrivais dans une grande ville. Je n’étais plus la seule Noire et j’ai vu que les autres réagissaient aux blagues vaseuses, qu’ils ne se laissaient pas faire. Mais le racisme n’a pas cessé pour autant. Quand je suis arrivée, j’étais étudiante à la fac de droit, j’y allais en survêtement, personne ne m’adressait la parole et je restais à l’écart. Et puis à force, aux pauses cigarette on a commencé à échanger. Et là quelqu’un m’a dit&nbsp;: «&nbsp;On pensait que tu étais des quartiers, que tu venais en cours t’installer au fond juste pour gratter les bourses&nbsp;». C’est donc clair, quand tu es noire et que tu viens des quartiers, tu n’es pas fréquentable.</p>



<p>Ensuite il y a le racisme dans le quotidien. J’ai un prénom et un nom français, pour les entretiens ou les visites d’appartements tout se passe bien tant qu’on est au téléphone, et puis quand les gens me voient, je vois sur leur visage que rien ne va plus. Sur un poste dans un supermarché, je ne réussissais pas à savoir pourquoi je n’avais pas de réponse alors que l’entretien s’était bien passé&nbsp;: «&nbsp;Il ne te veut pas à la boucherie&nbsp;» m’a expliqué une amie, parce qu’il ne faut pas choquer la clientèle, il y a beaucoup de personnes âgées. <strong>Quand tu es noire tu peux travailler au stockage mais pas servir les clients&nbsp;!</strong></p>



<p>Avec les coiffeuses, c’est toujours compliqué, même quand on a pris un rendez-vous en précisant qu’on avait les cheveux crépus. Eclats de rire en me voyant et «&nbsp;Bonne chance&nbsp;!&nbsp;» à sa collègue lancée par une coiffeuse à celle qui devait me coiffer. Dans les boulangeries aussi, régulièrement je n’ai pas de réponse à mon bonjour de la part des vendeuses, il arrive que certaines refusent ostensiblement de me parler alors qu’elles parlent poliment avec les clients avant et après moi&nbsp;!</p>



<p>Lorsque je fais des courses, je ne peux pas m’attarder dans les rayons. Au bout de quelques minutes, le vigile se retrouve à quelques mètres de moi à me surveiller (sans être discret évidemment) jusqu’à ce que je quitte le rayon. De même, si je sonne au portique de sécurité parce que j’ai oublié de couper une étiquette anti-vol dans un vêtement, le vigile me fait vider tous mes sacs avec les preuves d’achat avant de pouvoir quitter le magasin.&nbsp;</p>



<p>Se faire arrêter lors d’un contrôle douanier, se faire retourner intégralement la voiture et lorsque je demande pourquoi je me suis fait arrêter, entendre l’un des agents me répondre «&nbsp;qu’ils ont des critères&nbsp;» c’est inacceptable. Car sans les nommer, nous savons tous quels sont leurs critères.</p>



<p>Je ne suis pas confrontée à des actes ou paroles racistes tous les jours. Je suis une personne avant d’être «&nbsp;une Noire&nbsp;» sauf qu’il y a certaines situations qui te rappellent que non, tu es noire avant tout. Non, noir ne veut pas dire coupable.&nbsp;Mais même quand je ne suis pas dans un environnement hostile, je remarque dès que je suis la seule noire. Alors je sais que je vais avoir du mal à parler, parce qu’on risque de mal interpréter ce que je dis, de penser que ce sont toujours les Noirs qui ouvrent leur gueule.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. On voit monter les racismes et les replis identitaires, et il semble que les choses s’accélèrent. Comment appréhendes-tu la situation actuelle et l’avenir&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. Une partie de moi a peur. En étant femme et noire, je suis la cible idéale des fachos. Je suis effrayée de voir les propos et les actes racistes qui existent encore en 2024. Quand des «&nbsp;femmes identitaires&nbsp;» disent que les étrangers sont tous des violeurs potentiels, il y a des gens qui sont d’accord avec ça&nbsp;! On pense vivre dans une société «&nbsp;évoluée&nbsp;» et pourtant, des comparaisons sont encore faites entre des Noirs et des singes. <strong>Quand je vois qu’à notre époque, des personnes se font encore tabasser en raison de leur couleur de peau, j’ai peur.</strong> Peur pour toutes les personnes non-blanches qui risquent de se faire tabasser ou insulter dans la rue. Et c’est là que réside le problème : nous ne devons pas avoir peur en raison de notre couleur de peau.&nbsp;</p>



<p>Grandir en campagne m’a fait rencontrer des personnes qui assumaient clairement de voter FN et ça depuis des années car ils considéraient que l’extrême droite serait la solution à leurs problèmes (emploi, pouvoir d’achat, attractivité des territoires) sans envisager que voter extrême droite est un vote raciste. L’extrême droite a un poids très fort dans les territoires ruraux et il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas les laisser véhiculer leurs idées nauséabondes en misant sur l’ignorance des personnes et nourrir «&nbsp;la peur de l’autre&nbsp;».&nbsp;</p>
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