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	<title>Archives des Revue #6 - Assemblage</title>
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		<title>J’avais honte d&#8217;être arabe, alors j&#8217;essayais de m&#8217;assimiler.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Aliya]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2026 15:57:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Voici le témoignage de Leïla, qui a grandi à Saint-Dizier et vit à Vandœuvre. Asbg: Bonjour Leïla, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ? Leïla: Je vis actuellement à Vandœuvre-lès-Nancy où je suis doctorante à l’Université de Lorraine. Je suis française d’origine algérienne de confession musulmane. J’ai grandi dans le quartier populaire [&#8230;]</p>
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<p class="has-text-align-center has-large-font-size"></p>
</div></div>



<p>Voici le témoignage de Leïla, qui a grandi à Saint-Dizier et vit à Vandœuvre.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Bonjour Leïla, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?</h3>



<p>Leïla: Je vis actuellement à Vandœuvre-lès-Nancy où je suis doctorante à l’Université de Lorraine. Je suis française d’origine algérienne de confession musulmane. J’ai grandi dans le quartier populaire du Vert-Bois à Saint-Dizier. Je ne sais plus trop où me placer à présent au niveau du milieu social (transclasse) : je n’ai plus le même capital ni les problématiques de mon<br>milieu d’origine (populaire) mais j’y reste très attachée, influencée. Je m’identifie (et je suis identifiée comme) : nord-africaine, berbère arabophone, arabe, maghrébine… Les quatre me vont.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Quelles ont été tes premières expériences du racisme ?</h3>



<p>Leïla: J’y réfléchis depuis quelque temps mais c’est un peu flou pour le moment. Ma réponse sera vague, je vais surtout parler de ressenti. Pendant un temps dans mon enfance je n’arrivais pas à accepter le fait que le racisme soit possible en France, alors à chaque cas je trouvais d’autres raisons. Si bien que j’aurais du mal à trouver des exemples concrets avant la fin du collège, car je les niais en bloc, c’était une façon de me protéger ou d’embellir le monde.</p>



<p>J’étais dans un collège REP+ de mon quartier, très mixte, le racisme était peu présent entre élèves, au contraire on vivait tous ensemble. J’entendais des « beurette » ou des blagues sur le fait qu’on soit des voleurs et d’autres clichés, mais d’une manière bien moins prononcée qu’au lycée ou du moins je l’interprétais différemment, je n’avais pas vraiment conscience du racisme ordinaire. Saint-Dizier est une ville où l’extrême droite a toujours été ancrée, et le racisme y est assez normalisé : on ne s’étonne pas d’entendre des mots racistes, et on laisse passer, « c’est normal il ne faut pas le prendre mal, il est pas méchant,<br>il vient du village X ».</p>



<p>À l’extérieur de l’école, j’ai grandi avec une bonne cohésion familiale, je voyais souvent mes grands-parents paternels, oncles et tantes, cousin·es, ami·es de la famille. La culture maghrébine était marquée, j’ai grandi avec nos pratiques culturelles et religieuses. Je précise cela car pourtant, j’avais de gros problèmes avec mon identité à cette période-là.</p>



<p>À mon avis, l’un des éléments marquants a été les révoltes de 2005 et de 2007 (seulement à St-Dizier), et les élections présidentielles de 2007 (j’avais 8-9 ans). Là tout de suite des paroles ou actes concrets m’attaquant personnellement ne me<br>reviennent pas, mais je me souviens de mon ressenti. Le regard porté aux habitants du Vert-Bois était teinté d’un racisme crasse, très diabolisé (c’est encore le cas). Les discours ambiants, que ce soit à la télé ou dans ma ville, étaient foncièrement racistes. En plus des discours dans les médias, je crois que pendant longtemps, la plupart des échanges avec des personnes<br>non-racisées sur mes origines (ou religion) étaient péjoratifs (sur le ton de la blague ou non), jamais positifs ni avec une véritable curiosité. On demandait rarement mes origines, on les supposait directement, à travers des blagues racistes ou du mépris. Sur tous les points de vue : mal-éduqué, voleur, religion de barbare, culture médiocre (raï, rap, totalement méprisés), mépris de la langue arabe, etc. Donc, en dehors du cercle familial ou communautaire, j’avais l’impression que mes origines étaient seulement synonymes de mauvaises choses, le miroir des pires comportements.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Et concernant ces émeutes de 2005 et 2007, comment ont-elles été vécues dans ta famille ?</h3>



<p>Leïla: La question des violences policières a toujours été très présente. Ce sujet ou la question du racisme ne sont pas tabous dans ma famille, ils partageaient les mêmes revendications et n’étaient pas surpris par le traitement médiatique accordé aux quartiers.<br>Pour en revenir aux révoltes, on ne m’en parlait pas directement, mais je me rappelle d’une discussion sur les violences policières à table avec mes frères/sœur/parents, où je défendais la police avec émotion. À cet âge je glorifiais un peu la police, là pour nous protéger. Je me rappelle de cette discussion car j’ai pensé et dit que nous (les Arabes) étions le problème. Cela<br>me faisait trop de mal d’accepter le racisme, où le fait qu’on ne pouvait pas avoir confiance dans les institutions, dans la police. J’avais envie de me persuader que la France ne voyait pas les couleurs, d’avoir confiance en la devise nationale. C’était plus<br>« simple » pour moi, a priori, de nous considérer comme mauvais, plutôt que d’accepter le racisme systémique de ce pays. D’ailleurs en y repensant, je voyais et reconnaissais bien plus le racisme contre des autres minorités (anti-noirs, antisémitisme…) que le racisme anti-arabe/anti-musulman. J’avais aussi un peu absorbé les discours coloniaux, sur les fameux bienfaits de la colonisation (un comble au vu du parcours de ma famille). Absorbé mais pas trop, je sais que ces questions me tiraillaient.</p>



<p>Je me rappelle donc que j’étais totalement tiraillée sur mon identité, imprégnée par les discours rabaissants, je me/nous sentais (sans l’accepter pour autant) comme des sous-individus, avec une sous-culture, une sous-religion. Si bien que pendant<br>un court moment en fin primaire/début collège, j’avais honte d’être arabe, alors j’essayais de m’assimiler. J’essayais de fuir les clichés ou tout autres signaux (cheveux lissés et non frisés, vocabulaire soutenu – c’est con…). Pourtant, comme dit plus haut,<br>mon collège était mixte, mon quartier aussi. Je dis que j’avais honte, mais d’un autre côté, avec ma famille ou dans mon quartier, j’en étais aussi fière quelques fois.<br></p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Rétrospectivement, comment vois-tu cette crise d’identité ? Et comment s’est-elle résolue ensuite ?</h3>



<p>Leïla: Aujourd’hui, je pense que j’ai pu avoir ces pensées et cette crise d’identité à un moment à cause, aussi certainement,<br>d’un mépris social. Je pense que les discours ont marché sur moi à l’époque car je considérais les profs, les politiques, comme des figures d’autorité par leur statut social. Je voyais ces gens comme des personnes de savoir, qui ne pouvaient pas mentir. Et avec BFM TV en toile de fond, au vu des invités, ça n’aidait pas. Par contre, mes parents, oncles et tantes, ouvriers et concerné·es, je considérais qu’ils n’étaient pas fiables. Je crois que j’assimilais aussi beaucoup mes origines à mon milieu social. J’ai réalisé à quel point une enfance avec ces discours ambiants ont fait naître en moi une certaine honte de mes origines quand j’étais petite, l’impression que l’on m’avait volé le droit de voir la véritable richesse de ma culture et le droit d’en être fière en dehors du cercle familial. Aussi, ça n’a pas duré pendant toute mon enfance, je n’avais plus ces pensées à la fin du collège. En grandissant et en changeant un peu de fréquentations, j’ai pris conscience des discriminations, j’ai embrassé ma culture et je me suis réappropriée mon identité.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Au lycée, as-tu également été confronté au racisme ?</h3>



<p>Leïla: Au lycée le racisme prenait des formes bien plus claires. Très peu de racisé·es en bac général (on nous suggérait d’aller en pro). Des discours ou blagues racistes quotidiens : « beurette », « bicot », « bougnoule ». Un camarade de classe me disait souvent que jamais il ne m’inviterait chez lui, car « [ses] parents ne veulent pas de « bicot » à l’intérieur de la maison » (la question ne se posait même pas d’ailleurs). Des blagues sur le fait de voler systématiquement, ou de vouloir faire exploser quelque chose étaient fréquentes.</p>



<p>L’attentat contre Charlie Hebdo en 2015 a été un basculement au niveau de l’islamophobie. Trois ans avant déjà, après les attentats de Mohammed Merah à Toulouse et Montauban, j’avais ressenti l’islamophobie : j’étais alors en 4ème et on me demandait de me justifier. Les jours qui ont suivi l’attentat contre Charlie Hebdo étaient compliqués, le doute persistant car<br>j’étais perçue comme musulmane : que ce soient les profs ou les élèves, on me demandait souvent de me justifier, de prouver que je ne cautionnais pas l’attentat, et que j’étais Charlie. En Terminale quotidiennement, lorsque j’ôtais ma veste, on me<br>demandait si j’avais du couscous ou une ceinture d’explosive cachée. Le jour de l’attentat du Bataclan j’ai reçu des messages disant que mes « cousins avaient encore frappé, toujours les mêmes », et que la télé devrait m’« interroger car [j’étais] spécialiste des explosifs ». À cette époque-là je prenais cela à la légère, seulement des blagues, encore une fois, c’est normal à Saint-Dizier… On m’a aussi dit, sans contexte, « Toi, t’es pas comme les autres », « T’es bien intégrée ». Je trouve la première phrase profondément bien plus blessante que des insultes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Est-ce que tu as eu aussi des expériences sympathiques, des rencontres avec adultes antiracistes, l’amitié et la solidarité entre jeunes des quartiers populaires indépendamment de leurs origines ?</h3>



<p>Leïla: L’amitié ou de la solidarité entre jeunes des quartiers populaires indépendamment de leurs origines, oui bien sûr ! On était assez mélangé·es, pas clôturé·es. Je n’ai pas forcément de souvenirs avec des adultes antiracistes avec des marques de soutien clair. En termes d’opportunités, je sais que mon ancien metteur en scène à la MJC a permis de réaliser une web-série proposée par des jeunes de mon quartier (pour valoriser notre quartier). Au niveau des profs aussi, un de mes profs d’histoire mettait énormément de choses en place pour les élèves, des cours en plus d’archéologie, de PPRE (programme personnalisé de réussite éducative) mais aussi de PPRE « d’excellence » où l’on faisait des débats sur des sujets d’actualité toutes les semaines. On a aussi pu faire 3-4 sorties à Reims pour nous faire découvrir l’enseignement supérieur en visitant des DUT (pas toute la classe, seulement des élèves choisies sur critères sociaux, des boursiers). Cela ne relève pas de l’antiracisme mais du milieu social, mais cela a fait la différence de voir à quel point ces personnes se souciaient de ces questions.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: Tu as parlé de l’école, du collège et du lycée. Et depuis que tu es étudiante, en ayant aussi changé de ville, est-ce que tout cela a disparu ?</h3>



<p>Leïla: Cela n’a pas disparu mais cela est bien moins fréquent ou ambiant, les gens sont plus sensibilisés, mais lorsque c’est le cas c’est plus profond et idéologique j’ai l’impression. J’ai eu la chance d’être dans un campus (à la fac de sciences) multiculturel, solidaire et enrichissant, où l’extrême droite n’est pas sur le terrain. Je sais que ce n’est pas le cas partout.</p>



<p>Je te donne quelques exemples avec des étudiant·es, tout de même.</p>



<p>Lors du mouvement contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es (le décret « Bienvenue en France»), en 2019, je tenais un groupe/page Facebook nancéien sur la lutte, j’y mettais des informations, les CR d’AG, les actions locales et nationales, etc. J’ai reçu entre autres, en commentaires par deux étudiants (pas anonymes d’ailleurs) : « bougnoule » et « tu dois être bien concerné et ça tfais bien chié de savoir qu’il faut payé pour tes études », car ils ont vu mon patronyme. Ces propos ne me touchent pas mais cela brime ma parole, je m’autocensure. Je sais qu’elle est parfois moins considérée ou plus facilement attaquable. C’est également le cas en ce moment avec la situation en Palestine, mon patronyme rend mon jugement a priori faussé ou pire, renvoie à de l’antisémitisme !</p>



<p>Autre exemple, on débattait avec une ancienne amie d’enfance, étudiante en master à l’époque. Je lui disais que Zemmour était islamophobe, j’ai eu comme réponse : « Non, il n’est que contre les musulmans traditionnels qui viennent du bled, toi t’es musulmane modérée ». Dans un autre débat elle m’a dit que, je cite, cela crevait les yeux que le problème de la France ce sont les délinquants (en fait, les Arabes) des quartiers populaires, qu’il suffisait de regarder la tête des prisons, et que je ne l’assumais pas car j’étais arabe. J’étais sa meilleure amie d’enfance et on était scolarisées dans les mêmes établissements, j’ai trouvé cela fou d’entendre cela de sa part. Elle s’est rapprochée de la Cocarde en allant à la fac (plus maintenant). J’ai eu une discussion similaire avec une personne de ma promo que je considérais comme ouverte et sympa, qui finalement, m’a ressorti les pires discours et théories complotistes de l’extrême droite.</p>



<p>Une anecdote encore : je raconte une histoire où j’ai vu un bus brûlé, un étudiant que je ne connais pas plus que ça me coupe : « C’est toi qui l’as brûlé, décidément les Arabes ! ». Quelques minutes avant il a également dit que les policiers aimaient taper du « bougnoule ». Personne n’a réagi dans les deux cas.</p>



<p>Même au sein de mon labo, l’un des endroits où je ne m’attendrais à aucun comportement de ce genre, j’ai été témoin ou on m’a rapporté es propos et insultes racistes.</p>



<p>En dehors de l’université, j’ai travaillé dans le milieu de la restauration rapide pendant quelques étés en parallèle de mes études. Je me rappelle d’un été où, lorsqu’une tâche était mal faite, ou qu’un vol de nourriture était soupçonné, un manager<br>ne cachait pas son racisme et pointait les employé·es arabes du doigt directement. Cette même personne a sous-entendu également que nous étions là (les racisé·es noir·es et arabes) grâce au piston seulement.</p>



<p>Je me rappelle d’un autre été où nous étions deux maghrébines, plusieurs de nos collègues nous appelaient par le même prénom, sous prétexte que c’était « pareil » et que nous nous ressemblions.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Asbg: On voit monter les racismes et les replis identitaires, et il semble que les choses s’accélèrent. Comment appréhendes-tu la situation actuelle et l’avenir ?</h3>



<p>Leïla: J’appréhende beaucoup, que ce soit au niveau national ou international. Je vois un soutien plus ferme d’une partie de la gauche, et j’ai vu de très belles formes de solidarité durant les différents mouvements sociaux ces dernières années, où des militant·es de différents combats se sont rapproché·es pour lutter ensemble. Mais la situation actuelle est terrible d’inhumanité et j’ai du mal à y voir un avenir optimiste : le cimetière qu’est la Méditerranée, la gestion des réfugié·es, le soutien à Israël, la déshumanisation du peuple palestinien… Au niveau du gouvernement français, cette année a été un tournant où les digues ont cédé avec la victoire idéologique de l’extrême droite : la loi immigration, l’opération Wuambushu et la fin du droit du sol à Mayotte… les choses s’accélèrent effectivement. L’extrême droite gagne du terrain et est complètement dédiabolisée, le gouvernement adopte ses idées, de plus en plus de groupuscules d’extrême droite manifestent et mènent des attaques dans nos rues, en toute impunité.<br>La réponse politique uniquement répressive après la mort de Nahel et les révoltes des quartiers populaires m’inquiètent beaucoup. Le nombre de comparutions immédiates et de peines totalement démesurées, les multiples violences policières, l’affaire Hedi et la grève des policiers avec le soutien de Darmanin… Il est difficile de voir une autre conclusion que celle-ci : un policier devenu millionnaire après avoir tué un jeune racisé, le total soutien à la police, et encore plus de répression dans les<br>quartiers populaires, où nos vies et nos préoccupations ne valent rien. Les annonces de Gabriel Attal en janvier donnent le ton : il n’est toujours pas question d’écouter les préoccupations des quartiers populaires, mais d’y asseoir son autorité. Les élections européennes ne présagent rien de bon, et j’imagine que 2027 non plus.</p>



<p></p>



<p><br><em>Propos recueillis en avril 2024.</em></p>
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		<title>Discrimi-nation : Quand l’inconscient de notre société enferme des milliers de personnes autour de nous.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 09:55:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi la prison intéresse si peu les gens et donc si peu les militant·es ? Je me suis posé la question des liens avec le racisme et notre capacité à éluder les souffrances trop évidentes. En m’intéressant à la situation carcérale en France, j’ai découvert que la prison agissait comme l’inconscient de notre société. C’est un [&#8230;]</p>
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<p>Pourquoi la prison intéresse si peu les gens et donc si peu les militant·es ? Je me suis posé la question des liens avec le racisme et notre capacité à éluder les souffrances trop évidentes.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1060718-1-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1123" style="width:515px;height:auto" srcset="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1060718-1-980x980.jpg 980w, https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1060718-1-480x480.jpg 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) 1024px, 100vw" /><figcaption class="wp-element-caption">Au passage de frontière.</figcaption></figure>



<p>En m’intéressant à la situation carcérale en France, j’ai découvert que la prison agissait comme l’inconscient de notre société. C’est un endroit où sont décuplées les violences de notre société mais à l’écart, cachées, dissimulées. À Nancy, l’historique prison Charles III du centre-ville d’où sont parties les révoltes anti-carcérales de 1972, a été déplacée au Haut-du-lièvre, au bout de la ville, sur le plateau, dans un quartier populaire, derrière les tours, pas loin de la déchetterie. C’est une forteresse moderne de béton dans laquelle il y a beaucoup de sas, de grilles, de portes, de vitres sans tain et des matons sans tain non plus. Si vous cherchez un article sur la prison de Nancy, vous ne verrez jamais d&rsquo;être humain, les articles ne montrent que des photos de la façade d’entrée. <strong>La prison n’a pas de visage, tout est opaque, les journalistes ne rapportent jamais les voix du dedans, seulement les voix du dessus, de la hiérarchie ou de la police.</strong> J’ai découvert il y a quelques années que les statistiques raciales sont interdites en France sous couvert de défense d’égalité. Pour ne pas discriminer les citoyen·nes, on ne les recense pas selon des critères d’appartenance raciale. L’universalisme à la Française empêche donc de connaître la proportion de personnes racisées enfermées ou jugées en comparution immédiate par exemple. Il faut donc aller en prison visiter un proche pour comprendre que ces murs sont réservés à une partie de la population. Il faut être resté.e longtemps sous la pluie hivernale, devant le petit sas d’entrée, pour comprendre que la punition carcérale, qui fait suite à un soit disant procès individuel, est un lieu de punition collective. À Nancy, 700 personnes sont enfermées à 2,5 km de la place Stanislas. Les personnes qui vont au parloir sont très majoritairement des femmes dont une grande partie de personnes racisées qui soutiennent des pères, des frères, des cousins ou des amis. Quand on a un proche en prison, on comprend alors que la punition s’applique aussi à nous. On comprend que le manque de respect ou les humiliations ne sont pas réservés aux personnes ayant été jugées, elles constituent un système perpétué par l’administration pénitentiaire. J’ai vu des personnes qui avaient des difficultés à parler en français se faire traiter comme des chiens, des mères obligées de retirer leur soutien-gorge devant tout le monde pour une armature en ferraille qui sonnait au détecteur de métaux, des personnes refusées de parloir, car leur gueule ne revenait pas aux matons. Quand on est accompagnant·e, souvent, on ferme sa gueule. Alors on observe en silence, on essaye de ne pas trop baisser la tête. On sait que si on proteste, on peut se faire retirer notre permis de visite qui ne tient pas à grand-chose. Alors on accepte. <strong>On accumule et on ramène la violence du monde carcérale à la maison, sans savoir qu’en faire. Il n&rsquo;y pas de placards pour ça.</strong> Alors on la retourne contre soi. Parfois, on s’énerve contre nos proches et beaucoup plus rarement, on l’extériorise contre l’État. Mais qui peut faire ça et à quoi ça sert&nbsp;? Pourquoi les autres ne voient pas ce qui est au milieu de notre cœur&nbsp;? Il y a des milliers de tonnes de bétons dans lesquels des morceaux de familles sont prisonniers. Pourquoi on en parle si peu&nbsp;?</p>



<p>Notre inconscient collectif possède une part sombre et raciste qui enferme et maltraite quelques centaines de personnes à Nancy dont les souffrances rejaillissent sur des milliers de leurs proches. Leurs vies sont rendues impossibles par cette machine à détruire. Je ne suis pas statisticien, mais je peux témoigner du fait que des milliers de personnes, dont beaucoup de personnes racisées, vivent avec cette angoisse de ne pas voir un proche. Avec cette colère inexprimable. Avec cette obligation de garder le silence contre les injustices tout simplement parce qu&rsquo;une partie de la société majoritairement blanche ne considère pas cette situation comme une injustice. Garder le silence et la colère devient une habitude que des groupes retournent contre elles et eux. C&rsquo;est tellement gros qu&rsquo;on ne le voit pas. Nous avons trop peur de voir que la punition carcérale n’est pas individuelle, mais subie par des gens que nous croisons tous les jours dans la rue. Nous avons trop peur de voir que les bourreaux du XXIème siècle ne sont pas que les procureurs mais aussi toutes les nuances de complaisance à l’égard du racisme.</p>



<p>Nous avons trop honte pour accepter que notre inconscient collectif tient à distance la prison qui individualise les peines et invisibilise les couleurs. Le racisme n’est pas une fatalité, c’est une histoire qui doit changer notre rapport à l’enfermement et à la liberté des autres.</p>



<p></p>
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		<title>Condescendance coloniale</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 09:54:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dans sa pratique de travailleur social accompagnant les personnes que l’on étiquette «&#160;Mineur Non Accompagné&#160;» (MNA), B. a été confronté à des récits témoignant de rapports paternalistes à l’égard de jeunes exilé.es. Avec leur accord il rapporte ici leurs témoignages pour dénoncer la dimension coloniale des bonnes intentions. Le cas d’école. R. a 17 ans, [&#8230;]</p>
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<p>Dans sa pratique de travailleur social accompagnant les personnes que l’on étiquette «&nbsp;Mineur Non Accompagné&nbsp;» (MNA), B. a été confronté à des récits témoignant de rapports paternalistes à l’égard de jeunes exilé.es. Avec leur accord il rapporte ici leurs témoignages pour dénoncer la dimension coloniale des bonnes intentions.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1050680-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-1119" srcset="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1050680-980x654.jpg 980w, https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/P1050680-480x320.jpg 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) and (max-width: 980px) 980px, (min-width: 981px) 1024px, 100vw" /><figcaption class="wp-element-caption">Grand Bassam, Côté d&rsquo;Ivoire, bâtiment colonial abandonné dans l&rsquo;ancienne capitale du pays.</figcaption></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le cas d’école.</h2>



<p>R. a 17 ans, elle vient du Sénégal. E. a 16 ans, elle vient du Congo (RDC). Toutes les deux ont fait l’objet de la curiosité de certains de leurs professeurs. Une curiosité déplacée voulant mettre en scène l’«&nbsp;intégration&nbsp;» de ces deux jeunes dans la société.</p>



<p>Cependant, ces professeurs ne leurs ont pas demandé leur avis, ils ne les ont pas écoutées. Et leur initiative s’est transformée en condescendance coloniale. Comme pris au piège, à la fin d’un cours, quand ce dernier avait été fini plus tôt, les professeurs de français ou d’histoire-géo ont demandé à R. et E. (dans des classes et des lycées différents) de raconter leur histoire, de dévoiler leur parcours ou de raconter leur pays, leur culture, comme ça, sans préparation.</p>



<p>Ils ne leur ont rien demandé en amont. Ils n’ont pas pris en compte leur difficultés, ils n’ont pas cherché à savoir si l’exercice les gênait, ils n’ont même pas pris en compte leur personnalité timide et réservée. <strong>Elles n’ont pas été considérées comme des adolescentes qui ne voulaient peut-être pas partager leur vie, leurs douleurs, leurs parcours migratoires et les traumatismes parfois associés… Ils n’ont pas cherché non plus à savoir si, pour elles, c’était intéressant de raconter tout ça.</strong></p>



<p>Non. Les professeurs ont supposé que comme elles étaient noires, africaines et migrantes, elles devaient répondre à la condescendance des Blancs qui accueillent dans leur immense bonté les personnes ayant fui leur pays anciennement colonisé par ce même élan républicain.</p>



<p>Elles devaient donc répondre à l’injonction du Blanc curieux de l’exotisme, de la découverte des autres cultures, des autres histoires. Le calcul sous-entendu était simple&nbsp;: «&nbsp;Tu es en France, alors montre à tes camarades combien ce pays t’a aidé à sortir de la misère&nbsp;sans te plaindre.&nbsp;»</p>



<p>Au gré de sa confidence, R. explique avoir a été choquée par la discussion qu’elle a subie. Elle s’est rendu compte des clichés qui parsèment les esprits des adolescents de sa classe&nbsp;: «&nbsp;Vous aviez assez à manger&nbsp;?&nbsp;», «&nbsp;Vous mangiez à votre faim&nbsp;?&nbsp;». Drôle de découverte pour certains congénères de sa classe que l’ensemble du continent africain ne souffre pas de la famine… La moindre des choses aurait été de demander l’autorisation à R. et E., de ne pas les prendre au piège de l’interrogatoire souriant et forcé, de les prendre pour des adolescentes comme les autres, avec leurs joies, leurs peines, leur «&nbsp;ce qu’elles sont&nbsp;» et de faire preuve d’empathie comme pour les autres jeunes de la classe, de considérer le droit à la pudeur, à une vie privée, au secret, au droit de «&nbsp;ne pas dire&nbsp;» tout simplement.</p>



<p>R. et E. n’aiment pas ces situations embarrassantes. Elles ont bien compris qu’il y avait comme un malaise, comme quelque chose qui n’allait pas… Elles ont fait face sans réussir à nommer ce malaise sur le coup, cette condescendance coloniale qui nous ronge encore énormément, inconsciemment, collectivement, historiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La couleur de l’injustice au travail</h2>



<p>Parfois la frontière entre racisme et lien de subordination au travail est imbriquée. Dans la structure où je travaille, j’accompagne O., originaire de Côte d’Ivoire, 16 ans et demi, en apprentissage dans une boulangerie. Il était allé voir son patron pour négocier une rupture de fin de contrat car les relations professionnelles s’étaient dégradées au fil des mois. O. a dû se prendre les remontrances de son patron qui lui a verbalisé ceci en montant le ton&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Je forme des jeunes au métier noble de boulanger. Je suis bien gentil, je vous accueille, je vous donne votre chance et toi, voilà comment tu me remercies&nbsp;? Tu n’es pas venu me voir quand tu as commencé à te plaindre auprès des autres salariés de la boulangerie&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p>En résumé, O. devait la fermer car un migrant devrait montrer beaucoup plus de considération au Blanc de lui avoir donné du travail. En faisant état d’une situation salariale qui n’allait plus, O. n’était plus un salarié, il redevenait un Noir, migrant à qui on ne donne pas le droit de se plaindre de ses conditions de travail. Le Blanc, colonisateur d’esprit, lui avait intimé l’ordre de se taire. Est-ce que ce patron se comporte comme ça avec les autres salariés quelles que soient leurs origines&nbsp;? Ce qui est certain c’est que O. a été très affecté par cette histoire et par l’argumentation du patron.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Condamner le racisme est une chose, changer nos comportements en est une autre.</h2>



<p>Il n’y a pas que les colons territoriaux qui envahissent les terres d’autres continents, il y a également les colons de l’âme. <strong>Ces exemples nous montrent que les Blancs, les gentils Blancs « non racistes », qui veulent le soi-disant bien des migrant.es, gardent en eux l’inconsciente domination historique des Blancs sur les autres couleurs du monde.</strong></p>



<p>Ces fonctionnaires et ce patron pensent être habités d’un esprit d’humanité et de bienveillance mais la réception de leur comportement chez ces trois jeunes nous montre qu’il y a un sérieux travail de déconstruction à entreprendre.</p>



<p>Dans ces récits, je ne crois pas qu’il s’agisse d’un racisme intentionnel motivé par la haine, il s’agit d’une nuance plus sournoise de comportements qui alimentent le racisme par sa violence symbolique quotidiennement vécue par les concernées.</p>



<p>La pratique de mon travail m’a appris que les jeunes migrant.es ont avant tout besoin de respect, d’amour et de considération mais force est de constater que les obstacles sont nombreux, parfois sourds, souvent pernicieux et que nos bonnes intentions à leur égard cachent souvent une condescendance coloniale et un racisme ambiant. Un poste de fonctionnaire ou de patron ne donne pas le droit de traiter les personnes racisé.es comme des personnes de seconde zone. Il est important que les personnes blanches comprennent les conséquences de leurs intentions sur les personnes concernées si vraiment elles s’intéressent à elles.</p>



<p>Défendre un accueil inconditionnel, c’est prendre l’ensemble des dimensions spirituelles, émotionnelles, sentimentales qui composent un être humain. Les migrant.es n’ont pas à rendre compte sur demande, ils n’ont pas à se justifier plus que les «&nbsp;non-migrant.es&nbsp;».</p>
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		<title>Il y a certaines situations qui te rappellent que tu es noire avant tout</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 15:01:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le racisme anti-noir est une réalité à laquelle fait face Juliette, depuis son enfance. Née d’un père camerounais et d’une mère française, elle vit un racisme normalisé encore aujourd’hui, à Nancy. Asbg. Bonjour Juliette, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots&#160;? Juliette. J’ai 25 ans, je vis à Nancy. Je suis originaire de [&#8230;]</p>
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<p>Le racisme anti-noir est une réalité à laquelle fait face Juliette, depuis son enfance. Née d’un père camerounais et d’une mère française, elle vit un racisme normalisé encore aujourd’hui, à Nancy.</p>



<p></p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Bonjour Juliette, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. J’ai 25 ans, je vis à Nancy. Je suis originaire de la Meuse et je suis arrivée ici à Nancy pour mes études. J’ai grandi dans un village où j’ai été confrontée au racisme. J’étais la seule Noire à l’école, au centre aéré… J’ai subi des moqueries régulières sur mes cheveux et sur ma couleur de peau que j’avais essayé d’éclaircir à l’eau oxygénée quand j’étais petite. A cause de mon mal-être et de ces moqueries, quand j’avais 9 ou 10 ans, mes parents m’ont emmenée chez le coiffeur pour les défriser. Chose que j’ai continué à faire les 10 ans qui ont suivi.</p>



<p>Mon père est noir, il vient du Cameroun, il a un accent prononcé. Il travaille dans un environnement de classe moyenne aisée où il subit le racisme, mais il laisse couler. Mes copines se moquaient de l’accent de mon père et de sa couleur très foncée. Toute petite j’en voulais à mes parents, on ne m’avait pas expliqué le racisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Au collège, au lycée, as-tu été directement confrontée au racisme&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. Un exemple chez une copine, près de la piscine, son grand-frère qui dit&nbsp;: «&nbsp;Il ne faut pas que Juliette vienne se baigner, parce que l’eau va être noire&nbsp;». Sur le coup, à l’époque, j’ai juste perçu que ça n’était pas gentil. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai pris conscience de la dimension raciste de ses propos. Un autre exemple, au collège, j’ai joué dans deux comédies musicales&nbsp;: dans «&nbsp;Autant en emporte le vent&nbsp;» on m’a fait jouer deux rôles, celui du ramoneur et celui d’une esclave dans un champ de coton. Et puis dans «&nbsp;Le Roi Soleil&nbsp;», j’ai encore joué le rôle d’un esclave. Sur le moment je n’ai pas perçu de problème. Rétrospectivement j’en veux à mes parents de n’avoir rien dit&nbsp;! Ils voulaient éviter de faire des vagues, c’est difficile à assumer quand tu vis dans un village. Pourtant j’aurais voulu que, quand j’étais petite, ils me disent «&nbsp;Ta couleur est belle&nbsp;» et d’autres choses positives, pour s’opposer à ce que j’entendais, «&nbsp;elle est noire parce qu’elle est sale&nbsp;», «&nbsp;le noir c’est impur&nbsp;», etc.</p>



<p>La moitié de ma famille est blanche. Mon grand-père maternel était italien. Quand ma mère était petite dans les années 60, elle se faisait jeter des pierres en se faisant traiter de «&nbsp;bougnoule&nbsp;» en raison de la couleur de peau foncée des Italiens du Sud. Pourtant de ce côté de ma famille, ils considèrent que la question du racisme, «&nbsp;c’est compliqué&nbsp;». En dehors de ma famille, en général je n’ai pas rencontré de soutien du côté des adultes. Certains en ont été témoins, par exemple quand d’autres élèves jouaient avec mes cheveux&nbsp;en disant «&nbsp;Les cheveux de Juliette ils sont marrants&nbsp;», les profs n’avaient aucune réaction. <strong>C’est pourtant bien quand ce sont des personnes blanches qui reprennent les racistes, dans certaines situations ça a plus de poids que quand ce sont juste les victimes qui protestent.</strong></p>



<p>Le seul soutien que j’aie rencontré, c’est celui d’une amie au lycée. Alors que je ne laissais rien paraître qui pouvait relever de la culture africaine, elle me disait&nbsp;: «&nbsp;Pourquoi tu n’assumes pas, c’est trop bien&nbsp;!&nbsp;». Lorsque j’étais adolescente, j’avais très peu de personnalités à qui m’identifier et je n’avais pas conscience que les femmes noires qui étaient représentées n’étaient pas les seuls modèles à qui s’identifier. Que ce soit dans les séries américaines, les chanteuses, les films, il y avait très peu de diversité. En gros, tu dois ressembler à Rihanna, sans autre alternative. Maintenant, je trouve que les représentations ont beaucoup évolué et c’est une chose très positive, surtout pour les jeunes filles qui, comme moi à l’époque, avaient du mal à accepter leur couleur de peau.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. Est-ce que ta situation a changé en devenant adulte ?</h2>



<p>Juliette. Quand je suis arrivée à Nancy, j’arrivais dans une grande ville. Je n’étais plus la seule Noire et j’ai vu que les autres réagissaient aux blagues vaseuses, qu’ils ne se laissaient pas faire. Mais le racisme n’a pas cessé pour autant. Quand je suis arrivée, j’étais étudiante à la fac de droit, j’y allais en survêtement, personne ne m’adressait la parole et je restais à l’écart. Et puis à force, aux pauses cigarette on a commencé à échanger. Et là quelqu’un m’a dit&nbsp;: «&nbsp;On pensait que tu étais des quartiers, que tu venais en cours t’installer au fond juste pour gratter les bourses&nbsp;». C’est donc clair, quand tu es noire et que tu viens des quartiers, tu n’es pas fréquentable.</p>



<p>Ensuite il y a le racisme dans le quotidien. J’ai un prénom et un nom français, pour les entretiens ou les visites d’appartements tout se passe bien tant qu’on est au téléphone, et puis quand les gens me voient, je vois sur leur visage que rien ne va plus. Sur un poste dans un supermarché, je ne réussissais pas à savoir pourquoi je n’avais pas de réponse alors que l’entretien s’était bien passé&nbsp;: «&nbsp;Il ne te veut pas à la boucherie&nbsp;» m’a expliqué une amie, parce qu’il ne faut pas choquer la clientèle, il y a beaucoup de personnes âgées. <strong>Quand tu es noire tu peux travailler au stockage mais pas servir les clients&nbsp;!</strong></p>



<p>Avec les coiffeuses, c’est toujours compliqué, même quand on a pris un rendez-vous en précisant qu’on avait les cheveux crépus. Eclats de rire en me voyant et «&nbsp;Bonne chance&nbsp;!&nbsp;» à sa collègue lancée par une coiffeuse à celle qui devait me coiffer. Dans les boulangeries aussi, régulièrement je n’ai pas de réponse à mon bonjour de la part des vendeuses, il arrive que certaines refusent ostensiblement de me parler alors qu’elles parlent poliment avec les clients avant et après moi&nbsp;!</p>



<p>Lorsque je fais des courses, je ne peux pas m’attarder dans les rayons. Au bout de quelques minutes, le vigile se retrouve à quelques mètres de moi à me surveiller (sans être discret évidemment) jusqu’à ce que je quitte le rayon. De même, si je sonne au portique de sécurité parce que j’ai oublié de couper une étiquette anti-vol dans un vêtement, le vigile me fait vider tous mes sacs avec les preuves d’achat avant de pouvoir quitter le magasin.&nbsp;</p>



<p>Se faire arrêter lors d’un contrôle douanier, se faire retourner intégralement la voiture et lorsque je demande pourquoi je me suis fait arrêter, entendre l’un des agents me répondre «&nbsp;qu’ils ont des critères&nbsp;» c’est inacceptable. Car sans les nommer, nous savons tous quels sont leurs critères.</p>



<p>Je ne suis pas confrontée à des actes ou paroles racistes tous les jours. Je suis une personne avant d’être «&nbsp;une Noire&nbsp;» sauf qu’il y a certaines situations qui te rappellent que non, tu es noire avant tout. Non, noir ne veut pas dire coupable.&nbsp;Mais même quand je ne suis pas dans un environnement hostile, je remarque dès que je suis la seule noire. Alors je sais que je vais avoir du mal à parler, parce qu’on risque de mal interpréter ce que je dis, de penser que ce sont toujours les Noirs qui ouvrent leur gueule.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Asbg. On voit monter les racismes et les replis identitaires, et il semble que les choses s’accélèrent. Comment appréhendes-tu la situation actuelle et l’avenir&nbsp;?</h2>



<p>Juliette. Une partie de moi a peur. En étant femme et noire, je suis la cible idéale des fachos. Je suis effrayée de voir les propos et les actes racistes qui existent encore en 2024. Quand des «&nbsp;femmes identitaires&nbsp;» disent que les étrangers sont tous des violeurs potentiels, il y a des gens qui sont d’accord avec ça&nbsp;! On pense vivre dans une société «&nbsp;évoluée&nbsp;» et pourtant, des comparaisons sont encore faites entre des Noirs et des singes. <strong>Quand je vois qu’à notre époque, des personnes se font encore tabasser en raison de leur couleur de peau, j’ai peur.</strong> Peur pour toutes les personnes non-blanches qui risquent de se faire tabasser ou insulter dans la rue. Et c’est là que réside le problème : nous ne devons pas avoir peur en raison de notre couleur de peau.&nbsp;</p>



<p>Grandir en campagne m’a fait rencontrer des personnes qui assumaient clairement de voter FN et ça depuis des années car ils considéraient que l’extrême droite serait la solution à leurs problèmes (emploi, pouvoir d’achat, attractivité des territoires) sans envisager que voter extrême droite est un vote raciste. L’extrême droite a un poids très fort dans les territoires ruraux et il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas les laisser véhiculer leurs idées nauséabondes en misant sur l’ignorance des personnes et nourrir «&nbsp;la peur de l’autre&nbsp;».&nbsp;</p>
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		<title>ET QUAND VIENT LA NUIT, VIENNENT LES VEILLEURS·EUSES D’ENNUIS.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Jan 2026 16:24:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Janvier 2023. Loin, en bordure de Nancy, loin du centre-ville, aux abords de la forêt de Haye, I., un jeune Guinéen de quinze ans est en fugue. Il traverse en pleine nuit une route départementale proche de son foyer d’accueil pour mineurs exilés. Des phares dans la nuit, un véhicule, le choc. En résulte un [&#8230;]</p>
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<h2 class="wp-block-heading">Janvier 2023.</h2>



<p>Loin, en bordure de Nancy, loin du centre-ville, aux abords de la forêt de Haye, I., un jeune Guinéen de quinze ans est en fugue. Il traverse en pleine nuit une route départementale proche de son foyer d’accueil pour mineurs exilés.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="771" height="1024" src="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2026/01/IMG_20250511_230516_007-771x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1096" style="aspect-ratio:0.7529389901975215;width:448px;height:auto"/></figure>



<p>Des phares dans la nuit, un véhicule, le choc. En résulte un délit de fuite et la mort de I. Imaginons maintenant qu’il ne s’aperçoive pas de sa mort, et décide de rebrousser chemin malgré sa terreur. Laissant, sans s’en rendre compte, un corps inerte sur le bord de la route, son esprit chemine vers le foyer, sa dernière demeure en France, depuis son arrivée quelques mois plus tôt.</p>



<p>Que peut-il voir et ressentir ? Les couloirs déserts de son unité, dont les murs tachés d’histoires arborent quelques dessins d’exilé·e·s, parfums d’errance ou de rêves à réaliser ? Ou bien les tableaux offerts par des associations, des professionnels, des particuliers ? Peut-être l’odeur de pastilles de javel lancées à même le sol pour chasser les relents d’urine des innombrables fuites d’eau ?</p>



<p>La conscience pétrie de questions, I. revit son traumatisme et cherche des réponses. Vers qui se tourner dans ce foyer aux heures les plus tardives, quand le jour va bientôt poindre ? Le/la veilleur·euse ou, plus exacte- ment, l’agent éducatif de nuit (AEN)1. Un·e seul·e pour chaque bâtiment, au nombre de quatre. L’AEN utilise le bureau de ses collègues de jour pour recevoir les appels et utiliser l’ordinateur de l’unité. I. traverse la structure, il veut comprendre. La bâtisse s’élève sur deux étages. Le premier est pour les garçons, le second pour les filles. Effectifs : 27 jeunes. Capacité d’accueil : 29. Dans chaque chambre repose un morceau de notre récit ; celui des migrations forcées (un euphémisme), celui des inégalités qui poussent une partie de l’humanité à crier son désespoir à une autre. Toute une jeunesse prise en otage.</p>



<p>I. est attiré par le bureau de l’AEN. Il traverse la porte close tel un passe-mu- raille et se retrouve de l’autre côté. Personne. L’AEN est parti régler un problème aux étages. Sûrement pour des insomnies, des disputes, le besoin de parler, donner de la nourriture. Il scrute le bureau et contemple des photographies d’une sortie au lac de Messein, certaines en train de célébrer l’anniversaire d’une jeune le mois dernier. Il passe ensuite d’un sel- fie à l’autre, des éducateur.ice.s avec les enfants. Toute cette vie figée, qui témoigne de ces tentatives à rendre agréables des situations insoutenables. Puis, son esprit se concentre sur l’écran de l’ordinateur.</p>



<p>Voici ce qu’il pourrait y lire :</p>



<p>Compte rendu de l’AEN untel ou une- telle, de la nuit du X au Y :</p>



<p><strong>21 h 00</strong> : Prise de poste. Unité calme. Les collègues de jour me trans- mettent les nouvelles de la journée. Certains jeunes ont préparé des sauces à mettre dans les plats, car ils se plaignent souvent de la nourriture fournie par un service traiteur d’une association de réinsertion.</p>



<p><strong>21 h 30</strong> : M. vient me trouver au bureau, les bras chargés de papiers. Il est en colère et ne comprend pas une décision administrative. Je le ras- sure et rédige avec lui un mail destiné à son référent ASE/MNA2 du réseau éducatif de Meurthe-et-Moselle, pour qu’il obtienne un rendez-vous. Cela fait, toujours énervé, M. me demande d’aller recadrer son voisin de chambre car il fait parfois du bruit. M. me dit ne pas vouloir y aller seul. Il refuse de faire, je cite, le petit blanc . Nous échangeons longuement sur cette expression. Il me dit que ce n’est qu’une façon de parler. Je suis mal à l’aise.</p>



<p><strong>22 h 15</strong> : F. et A. viennent me voir tan- dis que je nettoie la salle commune avec deux autres jeunes. Elles me disent craindre les lieux, en particulier la forêt environnante, il y aurait des esprits. L’une d’elles, enceinte, se sent isolée. Je leur réponds de patienter, que l’hébergement ici n’est que provisoire, de se concentrer sur le positif, leurs copines au foyer, à l’école, les sorties organisées par l’équipe éducative, etc. Elles ont l’air de comprendre, mais trouvent cela insuffisant. Elles repartent dans leur chambre. On en profite pour rire un peu de la situation. Elles se détendent, et moi aussi.</p>



<p><strong>22 h 40 </strong>: Un agent de sécurité vient me saluer dans le bureau. Il est engagé pour faire des rondes dehors. J’indique que tout se passe bien ici. Je donne les traitements à D. pour ses crises d’épilepsie, les anxiolytiques de N., et vérifie que T. fait bien ses exercices faciaux, il sent que sa cicatrice lui fait parfois mal et qu’il repense à la Libye, les camps, la violence, la traversée. J’essaie de le calmer, et constate une progression depuis qu’il a commencé ses exercices.</p>



<p><strong>23 h 00 </strong>: P., éducateur de l’unité d’en face m’appelle pour me demander si les navettes prévues pour les jeunes s’arrêtent à 22h ou à 23h, l’un de ses jeunes attend et n’a plus de bus pour rejoindre son foyer. Je lui avoue ne pas savoir, car il y a eu des changements d’horaires dus au manque de personnel. Nous convenons qu’il ira le chercher et que je ferai l’aller-retour du lendemain en attendant les nouvelles consignes.</p>



<p><strong>23 h 45</strong> : Départ de feu dans l’un des bâtiments du site. Tout le monde est inquiet, je sors du foyer pour aider les collègues à faire évacuer leur bâti- ment. Les pompiers arrivent, ainsi que des responsables du SAMIE3 et la direction du REMM4. Le feu est parti d’une pièce commune ; vite maîtrisé, la fumée a cependant eu le temps de se propager dans les locaux. Au même moment, je constate qu’il me manque I. Il est tout nouveau chez nous, je n’ai pas eu le temps de bien faire connaissance avec lui. K. pré- tend l’avoir vu traîner non loin du réfectoire.</p>



<p><strong>00 h 00</strong> : J’appelle la structure de coordination des effectifs. Je le donne et déclare I. en fugue. Mail envoyé à la gendarmerie.</p>



<p><strong>00 h 30</strong> : À la surprise générale, les jeunes de la structure incendiée réintègrent leur chambre après délibération des pompiers, de la direction et du maire de la commune&#8230; Perplexes, on nous dit de leur expliquer qu’il n’y a aucun risque. J’avoue être très méfiant, l’odeur de fumée dans les communs et les chambres persiste. Cet incident montre à quel point nos bâtiments sont vétustes et demandent de sérieux travaux pour pouvoir prétendre accueillir dignement.</p>



<p><strong>01 h 00</strong> : Ronde intérieure et extérieure. RAS, hormis les fuites des toilettes qui font remonter une odeur</p>



<p>d’urine dans la salle commune, et les problèmes d’eau chaude. Le chauffage fonctionne à nouveau depuis deux jours après une semaine de panne. Couloirs déserts.</p>



<p><strong>02 h 15</strong> : S. vient au bureau, les bras en sang. Il s’est scarifié avec un rasoir. Il me demande de faire quelque chose, il hurle qu’il faut qu’il parte d’ici. Je parviens à le calmer, difficilement. Un collègue, alerté par le bruit depuis le dehors, vient m’aider à le contenir. S tente de se trancher la jugulaire. Nous le maîtrisons et lui retirerons le rasoir de la main. Après l’avoir désinfecté, j’appelle les urgences. Un agent éducatif de l’équipe mobile de soutien l’emmène aux urgences.</p>



<p><strong>04 h 00</strong> : Des gendarmes viennent au bureau. Ils ont retrouvé un corps au bord de la départementale qui longe notre secteur. C’est I.</p>



<p><strong>05 h 00</strong> : Sous le choc, je termine ma nuit avec difficulté.</p>



<p><strong>06 h 30 </strong>: Mise en place du déjeuner.</p>



<p><strong>09 h 00</strong> : Transmissions des évènements depuis la veille faites avec O., qui reprend le matin. Longue discussion et attente de consignes de nos cadres et directions pour formuler au mieux ce tragique accident auprès des autres jeunes.</p>



<p>Formuler au mieux&#8230;<br>Après s’être imaginé I. lire ce compte rendu de nuit, voyons-le s’élever peu à peu, sortir du foyer et rejoindre un ailleurs où il soignera ses angoisses et trouvera un certain réconfort. Grâce, entre autres, à une cérémonie dans une mosquée de l’agglomération nancéienne qui se chargera des prières et de l’hommage pour ce garçon décédé loin de sa famille.</p>



<p>Une pensée pour lui.</p>



<p>Au-delà de cette mort, la condition des exilé·e·s est mise en lumière. Combien, en ce moment, arpentent non pas les départementales en pleine nuit, mais leur chambre, les couloirs de leur structure, les salles communes, les parkings ceinturant leur lieu de vie provisoire ? La tragédie est tout aussi vraie et présente, seulement moins funeste. Un drame silencieux né de l’usure et de l’ennui.</p>



<p>Imaginer n’est pas spéculer. Imaginer, c’est ici faire un récit avec des éléments vécus et avec des circonstances réelles afin de créer et d’enrichir de nouveaux imaginaires. Ce compte-rendu est le cumul des problèmes survenus sur plusieurs nuits de service. Pourtant, le constat et les impressions sont identiques : une énième traversée de l’enfer pour cette jeunesse accueillie, et le senti- ment d’impuissance pour les équipes éducatives.</p>



<p>Toutefois, il serait réducteur de s’arrêter à cela, car c’est sans compter toutes les subtilités induites par ces situations complexes : entre la joie et la tristesse, l’envie et le découragement, la rencontre et la séparation. Temples des antonymes et des paradoxes, car il existe, sur ces foyers d’accueil d’urgence dits de mineurs isolés étrangers, un véritable double isolement que provoquent leur statut social et leur lieu de vie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Épilogue :</h2>



<p>Mettons en lumière le positif, car se concentrer sur les difficultés n’empêche pas d’évoquer tous les moments joyeux, des discussions de nuit qui parfois ne voient pas le jour ; qui ne seront pas dans les trans- missions écrites ou orales, mais qui, quand elles le voient et influent la parole et le regard de l’agent éducatif, rendent la vie plus tenable, les échanges plus fluides grâce au travail indispensable des équipes5 . La Protection de l’Enfance accueille des jeunes issus d’Afrique Subsaharienne, d’Afrique de l’Est, d’Afrique Centrale, du Maghreb, de l’Europe de l’Est, du Moyen-Orient, du Proche-Orient. Une partie de la planète est dans ces foyers. Des jeunes femmes, jeunes hommes, musulman·e·s, chrétien·ne·s6, athées, agnostiques, constituant une mosaïque d’ethnies, de peuples, de langues et de cultures. Toustes sont habité·es des mêmes pensées, communes à n’importe quel être humain : se sentir utile, partager, être valorisé·e, construire, aimer.</p>



<p>Mais comment se défaire de l’ombre sournoise d’un colonialisme qu’ils ne nomment, eux aussi, presque plus ? Peut-être par peur de dire un gros mot, ou de faire une sorte d’anachronisme. L’actualité de la colonie française en pays kanak ou dans plu- sieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’ailleurs nous démontre le contraire.</p>



<p>L’anachronisme est de penser que seul le modèle économique capitaliste est gage de liberté, et que les apparences priment sur les intentions. L’anachronisme est de prétendre que les problèmes dits « extérieurs » de la France, souvent liés à nos modes de vie, nos industries, notre culture, ne sont que des détails. Le colonialisme est polymorphe, toujours d’actualité, cela concerne tout le monde. Et il ne se désagrégera qu’au niveau de la racine qui l’a vu naître : la culture7. Il est chevillé au corps de l’impérialisme, ce cauchemar économique et social déguisé en rêve de liberté pour ces exilé·e·s ; un pénible héritage pour nous, les équipes éducatives.</p>



<p>La culture humaniste l’emportera sur l’impérialisme colonial. Aussi, l’une des clés à ce joyeux foutoir administratif semble résider dans le contact avec l’extérieur. Une multitude d’as- sociations et de particuliers bénévoles œuvre continuellement à créer de la culture et du partage à travers divers projets. Des jeunes s’investissent dans des jardins partagés, des clips vidéos ou des courts-métrages, de la cuisine&#8230; Certain·e·s ont pu écrire leur histoire, poétiser leur existence, d’autres ont pu danser, participer à des activités sportives, en somme, ont pu répondre à l’appel du monde.</p>



<p>Pour que les nuits ne soient pas le ferment des peurs et des incompréhensions, il faut continuer d’investir massivement ces institutions8. Bien que parfois rigides et procédurières face au militantisme culturel9, ces structures ont tout intérêt à accep- ter de travailler avec l’extérieur, tant pour faire vivre les projets éducatifs sur lesquels s’articule l’accompagne- ment, que pour la morale humaniste qui constitue le rôle même d’une équipe éducative.</p>



<p>Une nuit, un jeune a fait le rêve de créer un festival culturel de l’exil10, qui rassemblerait à Nancy les mineurs isolés, les travailleurs sociaux, des artistes, des compagnies de théâtre, les associations, et toute personne voulant être solidaire des exilé·e·s. Cette idée erre peut-être encore dans les couloirs du foyer, mais ne s’est pas dissoute, elle attend des volontés extérieures, prêtes à lui faire voir le jour.</p>



<p>Quelques paroles de nuit contre l’ennui.11</p>



<p></p>



<h3 class="wp-block-heading">Notes :</h3>



<p>1 En poste de 21h à 07h30 en période scolaire et de 21h à 09h en période de vacances.</p>



<p>2 Aide Sociale à l’Enfance/Mineurs isolés Non-Accompagnés.</p>



<p>3 Service d’Accueil des Mineurs Isolés Étrangers.</p>



<p>4 Réseau Éducatif de Meurthe-et-Moselle.</p>



<p>5 Par équipe éducative, il est question autant des éducateur.ices, des agents éducatifs de nuit, des bénévoles et services civiques, stagiaires IRTS, des cadres, de la direction, et des syndicats.</p>



<p>6 La plupart sont de confessions musulmane ou chrétienne. Il y eu parfois des bouddhistes et hindoues, mais cela reste un témoignage personnel, donc non exhaustif quant à la diversité religieuse du SAMIE.</p>



<p>7 Voir Frantz Fanon, Racisme et Culture, Ed., Présence Africaine 2002/1 (N°165-166), pages 77 à 84.</p>



<p>8 Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle &amp; Réseau éducatif de Meurthe-et-Moselle.<br>9 Le militantisme culturel est à comprendre ici comme des actions culturelles axées sur une éthique et<br>une morale sociale, par le biais de diverses formes artistiques (éducation populaire, ateliers d’écriture, sorties musées, cinéma, création de projets, échanges intergénérationnels et interculturels, initiations aux arts, éducation aux et par les média, etc.) et non comme l’expression d’idéologies partisanes.<br>10 inter-mouvement auprès des évacués).<br>Tel, entre autres, le Festival migration du bassin houiller lorrain, ou Migrant’scène organisé par la CIMADE<br>11 Cet article se base sur trois années de travail ; le présent compte rendu est donc un condensé de faits réels survenus lors de ces années, et ce durant la nuit et le jour.</p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2026/01/08/et-quand-vient-la-nuit-viennent-les-veilleurs%c2%b7euses-dennuis/">ET QUAND VIENT LA NUIT, VIENNENT LES VEILLEURS·EUSES D’ENNUIS.</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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		<title>Mehdi. J&#8217;ai eu une chance incroyable d&#8217;être un batard.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Dec 2025 13:16:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Témoignage. Pour son numéro spécial sur le racisme, Assemblage a recueilli les témoignages de plusieurs personnes qui ont subi le racisme et souvent le subissent toujours. Voici le témoignage de Mehdi, qui a grandi entre Nancy et Vandœuvre. Asbg. Bonjour Mehdi, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ? Mehdi. J’ai 37 ans, [&#8230;]</p>
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<p>Témoignage. Pour son numéro spécial sur le racisme, Assemblage a recueilli les témoignages de plusieurs personnes qui ont subi le racisme et souvent le subissent toujours. Voici le témoignage de Mehdi, qui a grandi entre Nancy et Vandœuvre.<br></p>



<h4 class="wp-block-heading">Asbg. Bonjour Mehdi, est-ce que tu pourrais te présenter en quelques mots ?</h4>



<p>Mehdi. J’ai 37 ans, je suis français. On m’a donné un surnom à l’adolescence,« l’Arabe blanc ». Avec ma mère française et mon père algérien, j’avais la chance d’avoir « une bonne tête de Français », mais le défaut d’avoir un nom d’Arabe. J’ai passé mon enfance dans le quartier Saint-Nicolas à Nancy, puis on a déménagé à Vand’Est, quartier HLM de Vandoeuvre, au début des années 2000. J’ai grandi dans un milieu défavorisé, avec ma mère sans travail, au RMI, et pas de père. Je suis donc arabe et blanc, mais aussi juif par ma mère et musulman par mon père.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Asbg. Quelles ont été tes premières expériences du racisme ?</h4>



<p>Mehdi. Mon enfance a été compliquée. J’étais blanc mais pas totalement, arabe mais pas totalement non plus. Mon petit frère est très typé, on dirait un « bledard », il était mieux intégré que moi dans le quartier. J’étais comme un albinos, c’est le cas de tous les enfants métisses. Le fait que je sois juif en a ajouté par-dessus. On me demandait : « Comment on peut être arabe et juif ? » alors que la majorité des Juifs de France sont séfarades, ce sont des maghrébins !<br>Les préjugés sur les Juifs, ça s’ex- prime régulièrement. Quand on te dit : « Fais pas ton Feuj, donne », et que tu l’es, c’est une défiance pas possible. Pour moi il y a de l’autre côté, du côté blanc, mon prénom arabe, le quartier où j’ai grandi, à l’adolescence j’ai subi beaucoup de discrimination et de rejet. Avec des attitudes condescendantes : le père d’un ami chez qui j’allais manger, cadre supérieur, m’a ainsi dit : « C’est dommage que tu t’appelles Mehdi ». Chez d’autres les parents préparaient des repas avec du porc, sachant que je venais, et que je me forçais à manger.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Asbg. Tu évoques un interdit alimentaire, et la religion, ça a joué un rôle pour toi ?</h4>



<p>Mehdi. Dans notre milieu c’est assez important. A partir de 15 ans, j’ai pratiqué la religion de mon père, de façon démonstrative, ça m’a valu beaucoup de respect dans le quartier où je vivais. Mais ce n’était pas forcément bien compris par tout le monde. Mon petit frère, qui est très typé et musulman, il subit le racisme en tant qu’arabe. Mon grand frère qui est blanc comme moi. et qui porte un prénom français, par ailleurs athée et ouvert, lui n’a pas de problème.<br>Une douzaine d’années plus tard, à l’âge adulte donc, je me suis intéressé au judaïsme, il y a beaucoup de méconnaissance là aussi. Quand j’ai quitté l’islam, j’ai été considéré comme un apostat et rejeté par les gens du quartier. Pour moi la religion relève de l’intime, je ne l’étale pas, si je porte une kippa elle n’est pas visible, mais on manque souvent de respect à mes convictions.<br>Quand les gens savent que je suis juif je rencontre beaucoup de faux jugements. Je travaille comme livreur, on me demande : « Pourquoi tu es là, toi ? Ça n’existe pas les Juifs pauvres ! ». Si je participe à une association, certains laisseront entendre que j’ai forcément un but caché. C’est une chance que ça ne se voie pas sur ma tête que je suis juif, mais dès que les gens en ont connaissance, j’ai droit à des remarques de merde. « Pourquoi tu travailles, pourquoi t’es pas rentier ? ». Non mais sérieux ! Je suis un fils de clochard et tu dis que je suis un rentier ? Quand j’ai travaillé dans une maison de retraite, j’avais un chef qui me  sortait dix fois par jour des blagues sur les Juifs ! Il devait passer une partie de sa journée à chercher des blagues sur Internet. J’ai remarqué qu’il y a beau- coup d’utilisation d’humour raciste, des petites piques au quotidien, qui sont faites pour casser.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Asbg. Là on voit bien comment les préjugés antisémites sont répandus dans différents milieux. Est-ce qu’on peut revenir au racisme que tu as subi ou dont tu as été témoin en tant qu’arabe ?</h4>



<p>Mehdi. C’est mélangé, entre le fait d’être arabe et celui d’être issu des quartiers. Il m’est arrivé d’envoyer deux CV avec mon nom, et de me domicilier soit à Vandœuvre soit au centre de Nancy : pas de réponse pour Vandœuvre mais ça marchait pour Nancy. En 5 e j’avais un prof, on l’appelait « le nazi », il a fait l’appelle premier jour : il a obligé les trois élèves aux prénoms arabes, donc moi et deux autres, à s’asseoir près de son bureau, il parlait de nous comme « les petits gars de quartiers » et en fait, il nous a mis la misère.<br>A côté de ça, mes profs de français ont été très bienveillants, je ne sais pas pourquoi mes profs de français ! Une prof en particulier, d’origine antillaise et polonaise, et trois autres origines encore, elle ne nous lâchait pas les jeunes de quartiers, elle allait bien au-delà de son boulot de prof, c’était de vraies leçons de vie qu’elle nous donnait, elle voulait nous convaincre de nous battre. Ensuite il y a d’autres personnes qui ont eu des attitudes moins claires, sympa avec moi mais en fait pleines de préjugés. Des gens de droite par exemple, qui m’ont accepté en disant : « Tu as du potentiel, tu parles bien… », laissant entendre que je manquais juste d’éducation et qu’ils pouvaient m’aider. Mais au fond c’était des racistes qui ne m’acceptaient pas comme j’étais, un jeune de quartier. Aujourd’hui je travaille comme livreur dans une coopérative, il n’y a pas de patron. Mais chez les livreurs il y a beaucoup d’étrangers. Alors parfois ça peut créer des incidents, simplement parce que les gens n’ont pas les codes et se font mal comprendre. Mais il y a aussi qu’avec mes collègues, il n’y a pas de patron puisqu’on est une coopérative, mais comme je suis le Blanc qui parle bien les clients considèrent automatiquement que je suis le patron.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Asbg. On voit monter les racismes et les replis identitaires, et il semble que les choses s’accélèrent. Comment appréhendes-tu la situation actuelle et l’avenir ?</h4>



<p>Mehdi. C’est comme pour les violences policières. Il y a des gens, des Gilets jaunes ou d’autres, plus âgés et blancs, qui pensent que les violences policières ont commencé il y a dix ans alors que pour nous, ça a toujours été là. Le racisme c’est pareil : il a toujours été là, même s’il s’exprime plus aujourd’hui avec le vote décomplexé pour le FN. Quand les gens le cachaient, ils n’étaient pas moins racistes. On côtoie des gens qui ne sont pas racistes donc, avec eux, on ne le subit pas, mais en dehors, on se prend toujours des remarques à la con. Pour l’avenir je suis pessimiste. On nous a dit de voter Macron pour faire barrage à Le Pen mais avec Darmanin et la loi Immigration, l’extrême droite parle de victoire idéologique et en fait on voit qu’elle est déjà au pouvoir. Le racisme est très vendeur sur les réseaux sociaux. Le problème c’est que face à ça, la gauche abandonne le terrain, quand il y a eu les manifestations contre le racisme et l’antisémitisme il n’y avait personne, la gauche n’aurait pas dû laisser la rue à la droite et à l’extrême droite. Quand on voit maintenant qu’une grande partie de la communauté juive plébiscite le RN… Je suis pour la devise : « Liberté, Egalité, Fraternité », pour les valeurs révolutionnaires plus que pour le pays, mais ces valeurs s’éloignent de plus en plus, on voit un repli sur la vieille France, toute réactionnaire. J’ai eu la chance incroyable d’être un batard, ça m’a évité l’enfermement.<br></p>



<p>Propos recueillis en avril 2024.</p>
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		<title>Le délit de solidarité n&#8217;existe pas.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 18 Dec 2025 08:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Présentation de l&#8217;association « Un toit pour les migrants. » Les missions du collectif Créée initialement pendant la guerre de Yougoslavie, l’association a été relancée en 2008 pour répondre à la nécessité d’aider financièrement des personnes en attente de régularisation et donc sans ressources.C’est une association de bénévoles dont les attributions principales sont de développer [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h2 class="wp-block-heading">Présentation de l&rsquo;association « Un toit pour les migrants. »</h2>



<h3 class="wp-block-heading">Les missions du collectif</h3>



<p>Créée initialement pendant la guerre de Yougoslavie, l’association a été relancée en 2008 pour répondre à la nécessité d’aider financièrement des personnes en attente de régularisation et donc sans ressources.<br>C’est une association de bénévoles dont les attributions principales sont de développer : l’aide au logement, les cours de FLE (Français-Langue-Étrangère), l’aide administrative, l’aide alimentaire… Des aides sont aussi attribuées pour pallier les impossibilités de payer des factures, particulièrement d’énergie. Un toit gère aujourd’hui une vingtaine d’appartements, 4 sont pris en charge entièrement par l’association pour des jeunes isolés et les autres sont payés tout ou partie par les résident·es et/ou des collectifs de donateurs. Tous les mois ce sont environ 150 personnes, majoritairement dans le Grand Nancy, qui sont soutenues par Un toit. L’association fonctionne grâce à une subvention de la ville (10 000 €), du Conseil départemental (15 000 €), et des dons des particuliers à hauteur de 150 000 €. Ce qui montre bien l’implication des services publics par rapport à la conscience citoyenne sur ces sujets.</p>



<p></p>



<h3 class="wp-block-heading">Mitigées ou anti-migrant.es : le rôle des institutions locales et nationales.</h3>



<p>La ville de Nancy n’a pas changé grand-chose à la vie des exilé.es, mais elle a instauré une cantine à 1 euro et ils et elles peuvent désormais avoir accès aux épiceries solidaires. La subvention allouée à l’association est passée de 1000 à 10 000 euros/ an et Un toit s’est donné pour mission auprès des politiques de favoriser l’accueil des migrants et par exemple de sensibiliser les propriétaires pour rendre l’accès au logement moins discriminant.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Concernant le Conseil départemental (CD), il y a plus d’échanges lors de l’accompagnement des mineurs. La situation s’est améliorée ces dernières années car il y a une réelle volonté de travailler avec l’association et de comprendre les jeunes. Aujourd’hui environ 70 % des jeunes pris en charge par le CD arrivent à obtenir des papiers, mais ce sont quasiment les seuls qui y parviennent. Pour les jeunes qui sont sortis du CD même diplômés, cela devient très difficile, il n’y a plus d’ouverture. C’est comme si la préfecture avait arrêté de donner des titres de séjour.</li>



<li>Cette situation est clairement influencée par la politique nationale. Cela crée des situations catastrophiques pour les concerné·es, car même les personnes avec les « bons » profils, ayant rempli un dos- sier, attendent des réponses préfectorales qui ne viennent pas et ensuite, on leur répond que leurs documents sont périmés ! Ces derniers mois, les nouvelles difficultés naissent aussi de la pression qui est faite aux employeurs de ne plus embaucher au noir. Ça empêche les exilés de travailler, car il faut un titre de séjour pour travailler, mais pour avoir un titre de séjour, il faut des fiches de paye… Ce qui a changé, c’est qu’on note une volonté manifeste de faire pourrir les situations pour décourager les demandes d’asiles.</li>
</ul>



<p></p>



<h3 class="wp-block-heading">Comment le racisme intervient dans le quotidien de l’association</h3>



<p>Déjà, il faut savoir que les familles aidées sont majoritairement albanaises, arméniennes et les jeunes sont essentiellement d’origine africaine. Les plus grandes difficultés existantes sont avec les propriétaires. Bien qu’il soit légal de louer à des personnes étrangères, qu’il est expliqué que l’association se porte garante et qu’il n’y a rien à craindre, la propagande d’extrême droite influence clairement les décisions des propriétaires. Quand ils voient un nom étranger, ils tiquent, si les personnes ne parlent pas bien français ils se braquent et quand le nom de l’association garante est prononcé, ça porte préjudice très souvent tellement la figure des migrant·es a été salie. Cela commence d’autant plus à faire effet que les discours xénophobes ont été relayés par l’État.</p>



<p></p>



<h3 class="wp-block-heading">Comment faire pour aider les personnes exilé.es ?</h3>



<p>Il existe de multiples manières :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>La plus évidente est de faire un don à l’association par chèque, virement, prélèvement ou par le biais de l’association HelloAsso : <a href="https://www.donnerenligne.fr/un-toit-pour-les-migrants/faire-un-don">https://www.donnerenligne.fr/un-toit-pour-les-migrants/faire-un-don</a></li>



<li>Tous les mercredis matin, des bénévoles peuvent aider à venir chercher de la nourriture qu’on redistribue ensuite en colis alimentaire. Dans ce registre, il y a aussi des initiatives comme par exemple une maraîchère, des boulangers qui nous donnent régulièrement leurs invendus.</li>



<li>Il est possible de donner des cours de FLE tous les jours à la MJC Lillebonne et un système d’aide aux devoirs commence à être mis en place.</li>



<li>Il y a également l’assistance juridique si l’on a des compétences juridiques ou que l’on souhaite en acquérir. Ça se fait par le biais de la Ligue des Droits de l’Homme à la MJC Desforges tous les vendredis à 18h et également à la Maison Bonnet, 4 rue du Moulin de Boudonville les mercredis à 17h.</li>



<li>Enfin on peut proposer un appartement à louer, pas trop cher si possible ! Ou mettre à disposition une chambre inoccupée même pour un temps limité.</li>
</ul>



<p>Toutes ces aides sont importantes et le plus important est de retenir qu’on ne prend pas de risque à être solidaire ! Ce n’est pas illégal de louer à des sans-papiers et il est nécessaire de lutter contre la précarisation forcée des exilé.es au regard de l’évolution actuelle de la société.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Car il faut le rappeler, le délit de solidarité n’existe pas !</h3>



<p><strong><em>Contact de l’association :<br></em></strong><em>17, rue Drouin à Nancy<br><a href="mailto:untoitpourlesmigrants@orange.fr">untoitpourlesmigrants@orange.fr</a><br>06 12 39 08 80<br>Contact de la LDH pour le soutien juridique<br>07 83 95 21 50<br><a href="mailto:permanenceldh-nancy@ldh-france.org">permanenceldh-nancy@ldh-france.org</a></em></p>
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		<item>
		<title>L’oppression institutionnelle des réfugié·e·s syrien·ne·s en France.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 10:55:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Revue #6]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’homicide de Nahel, le soutien inconditionnel à Israël pendant sa guerre génocidaire, le traitement des médias français de la question palestinienne, ou bien la répression de la révolte du peuple kanak, sont le sommet de l’iceberg qui montre de manière fulgurante l’héritage colonial structurant des institutions françaises.Je suis réfugié syrien et je m’intéresse dans cet [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>L’homicide de Nahel, le soutien inconditionnel à Israël pendant sa guerre génocidaire, le traitement des médias français de la question palestinienne, ou bien la répression de la révolte du peuple kanak, sont le sommet de l’iceberg qui montre de manière fulgurante l’héritage colonial structurant des institutions françaises.<br>Je suis réfugié syrien et je m’intéresse dans cet écrit aux moments en dehors des grands événements. Je m’intéresse à l’oppression institutionnelle que subit ma communauté au quotidien, une oppression qui nous atteint jusque dans notre courrier.<br></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sociologie de la communauté syrienne en France.</h2>



<p>Commençons par préciser ce que j’entends par : ma communauté. La communauté syrienne est très petite en France. Pour donner un ordre de comparaison, la France a cumulé 30 500 demandes d’asile syriennes entre 2013 et 2022 tandis que pour<br>cette même période, l’Allemagne en a compté 950 0001. Étonnamment, en France, c’est la ville de Nancy qui compte (probablement) le plus grand pourcentage de syrien·ne·s par nombre d’habitant·es, un pourcentage qui dépasse 1% 2. Un point crucial à saisir est que sociologiquement parlant, la communauté syrienne en France n’est pas représentative<br>des Syriennes et Syriens. En effet, la France a été sélective vis-à-vis de l’immigration syrienne, raison pour laquelle la communauté syrienne en France vient d’une classe moyenne plutôt haute. On y trouve un pourcentage important d’ancien·ne·s médecins, ingénieur·e·s, professeur·e·s, des opposant·e·s politiques du Parti travailliste syrien, etc. Malgré sa petite taille, la diaspora syrienne en France ne subit pas les mêmes oppressions selon plusieurs facteurs dont le plus important est l’âge. Une proportion importante de celleux arrivé·e·s jeunes ou très jeunes, ont repris ou continué des études universitaires, et ont donc subi un déclassement puis, pour une partie non négligeable, une ascension sociale. C’est mon cas, je suis arrivé en France très jeune, à l’âge de 15 ans, et sur un plan strictement personnel, je suis aujourd’hui dans une position privilégiée de par mes études, de l’obtention de la nationalité française et du fait qu’on ne m’assimile pas forcément à une personne racisée au seul regard. En revanche, les syrien·ne·s plus âgé·e·s, dont celleux dans mon entourage proche, subissent une oppression au quotidien que je vais essayer d’analyser.</p>



<p>Les réfugié·e·s syrien·ne·s arrivé·e·s en France à la fin de la quarantaine, dans leur cinquantaine ou soixantaine, se retrouvent sans repères. La première difficulté est la barrière de la langue, iels n’ont pas de cercles sociaux allant de soi, comme l’université pour les plus jeunes, dans lesquels iels peuvent pratiquer le français. Les quelques cours proposés par l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII) sont loin de combler ce manque. Ensuite, iels se trouvent dépossédé·e·s de leur métier qu’iels ont pratiqué pendant au moins une vingtaine d’années en Syrie. Ce métier étant souvent hautement qualifié, iels ne peuvent pas le reprendre en France pour plusieurs raisons, parmi ces raisons on trouve la barrière linguistique et surtout l’impossibilité de faire reconnaître la majorité des diplômes, comme ceux dans le domaine médical. Enfin, certain·e·s se trouvent parfois dépossédé·e·s de leur rôle parental. Les services sociaux, comme les services d’assis-<br>tance sociale sont dans l’incapacité complète d’accompagner les familles réfugiées. La responsabilité parentale devient la charge des enfants dont l’âge varie entre le début de l’adolescence et le début de la vingtaine. En effet, les enfants apprennent le français assez rapidement et prennent les responsabilités de la famille à tous les niveaux. Le parent a besoin de son enfant pour l’accompagner aux différents rendez-vous ne serait-ce que pour traduire, pour gérer les papiers administratifs, et même pour traduire lors des conseils de classe de l’enfant. Au-delà du déchirement de quitter son pays et ses liens à cet âge, ce déclassement rude et cette perte de rôle mettent les syrien·ne·s les plus âgé·e·s dans une situation extrêmement précaire et vulnérable qui les isole parfois et fait souvent dégrader leur état de santé physique et psychique.</p>



<p>Cette situation est doublement un résultat du colonialisme. D’une part, le colonialisme français et britannique a structuré le Moyen-Orient d’une manière qui a permis l’ascension des régimes dictatoriaux comme celui de Bachar Al-Assad qui nous a massacré·e·s et nous a obligé·e·s à quitter notre pays. Mais développer cet axe sort du cadre de ce texte. D’autre part, le colonialisme a structuré également les institutions à l’intérieur de la France, des institutions dont le fonctionnement normal opprime ma communauté et plus largement les immigré·e·s du globe sud. Je souhaite éclairer cette oppression en racontant le quotidien de deux réfugié·e·s syrien·ne·s en France.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quotidien de syrien·ne·s en France</h2>



<p>Akram* est un réfugié syrien et ancien professeur au lycée en Syrie où il a enseigné pendant plus de 20 ans. Il est isolé, ne parle pas le français, et se repose sur ses deux enfants pour les tâches administratives, les rendez-vous médicaux, etc. Sa situation sanitaire est très dégradée, il ne peut marcher qu’à l’aide de sa canne, il ne peut pas travailler, et pourtant ! Akram s’est vu refuser le renouvellement de la reconnaissance de son incapacité à travailler par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) en mai 2023 et suite à l’interruption de ses allocations adultes handicapé (AAH), Akram se retrouve à dépendre sur plusieurs mois de l’allocation de subsistance de 140 € par mois du RSA, une somme dérisoire que la CAF justifie par le montant élevé de l’AAH (971 € par mois) qu’il percevait auparavant. Akram a fait appel de la décision de la MDPH, qui lui a répondu huit mois plus tard en lui demandant plusieurs documents à faire établir par plusieurs médecins spécialistes dans un délai d’un mois, au-delà duquel son appel serait automatiquement rejeté. Près de quatre mois après l’envoi des documents, Akram est toujours en attente de réponse. Pendant ce combat pour faire reconnaître son incapacité à travailler, Akram est contacté par le service d’accompagnement du RSA par le biais d’un courrier dans sa boîte aux lettres. Teinté d’un formalisme administratif menaçant, le courrier se termine par « … sans retour de votre part, le département engagera à votre encontre, la procédure de suspension de votre allocation prévue par l’article L.262-37 du code de l’action sociale et des familles… », suivi de sincères salutations !</p>



<p>Voilà à quoi ressemble le quotidien d’Akram, un combat contre les institutions pour exister.</p>



<p>Amal* est réfugiée syrienne dans la cinquantaine et a travaillé pendant une vingtaine d’années en tant que comptable en Syrie. Aujourd’hui, Amal a réussi à acquérir un niveau de français qui lui permet de communiquer au quotidien. Cependant, face à l’impossibilité de reprendre son métier, Amal est passée par quelques jobs en cuisine, mais n’a jamais réussi à trouver un CDI. Elle se tourne aujourd’hui vers le métier d’assistante maternelle, pour lequel elle doit suivre une formation qui requiert un bon niveau de français. Dans la poursuite de cet objectif, elle suit actuellement une formation de français langue étrangère proposée par Pôle Emploi. Si on regarde de plus près le contrat de formation, on peut y lire : rémunérée sous certaines conditions, conditions qui ne sont mentionnées nulle part. Lorsque Amal a essayé de se renseigner auprès d’une responsable du centre de formation, cette dernière lui a répondu : Mais vous touchez déjà le RSA, non ?. Il faut s’arrêter un instant sur cette phrase pour en comprendre toute la violence. Pour une personne qui enchaîne les formations et les petits jobs à cet âge pour justement avoir le sentiment de mériter et de ne pas dépendre des aides sociales, cette phrase vient lui redire non tu ne mérites pas, oui tu fais partie des gens « qui ne sont rien ». Au-delà du racisme sociétal de plus en plus décomplexé, Amal, comme Akram, reçoit dans sa boîte aux lettres des courriers institutionnels menaçants. On y trouve un avertissement du bailleur social annonçant l’application d’une sanction financière si telle enquête n’est pas remplie et renvoyée, une lettre de contrôle de situation de la CAF, ou bien, tout 67 comme pour Akram, une lettre du service d’accompagnement du RSA qui menace de suspendre les allocations en cas de non-réponse. Un point qui fait son effet en France : Amal ne porte pas le voile et subit donc beaucoup moins de racisme au quotidien que d’autres femmes syriennes. Pour y voir plus clair, Amal me montre une page Facebook non mixte de femmes syriennes en France. La page n’est pas particulièrement politique et on y trouve des sujets divers et variés, cependant un sujet est particulièrement récurrent. On y lit une demande d’avis sur les endroits qui acceptent d’embaucher des femmes voilées, ou encore s’il vaut mieux enlever le voile lors d’un entretien de naturalisation. Certaines femmes partagent leur expérience d’entretiens de naturalisation, elles expliquent que la majorité des questions qu’on leur a posées portaient sur le voile : obligeriez-vous votre enfant à porter le voile ? ou encore : êtes-vous contre la laïcité ?. Un autre post donne des astuces pour travailler sans complètement renoncer au voile : porter un chapeau et une écharpe à la place du voile, mais l’astuce ne passe pas partout.</p>



<p>Le quotidien d’Akram, d’Amal ou celui raconté par les femmes syriennes voilées sur la page Facebook n’est pas unique. Il dépeint un motif présent dans le quotidien des Syrien·ne·s de leur âge en France. D’un côté, les institutions médiatiques des milliardaires diffusent et décomplexent un discours raciste dont ma communauté subit les conséquences violentes au quotidien. De l’autre côté, le racisme structurel des institutions étatiques, lisible dans nos courriers, place ma communauté dans une précarité qui ne cesse de croître. Le projet de loi sur le RSA a eu des conséquences dramatiques, immédiates et concrètes sur nos quotidiens. Les propositions de lois sur l’immigration et les discours sur la restriction des droits des immigré.e.s s’inscrivent dans cette même politique violente de criminalisation et d’isolement, pour faire de nous, les immigré.e.s du globe sud, l’ennemi commun, la cause de toutes les crises.</p>



<p>*Les prénoms ont été changés</p>



<p></p>



<p class="has-small-font-size">[1] François Héran, «Et si la France prenait vraiment « sa part » dans l’accueil des réfugiés ? De facto, numéro 33, septembre 2023 https://www.icmigrations.cnrs. fr/2024/03/11/defacto-033-04- septembre-2023/</p>



<p class="has-small-font-size">[2] Il n’y a pas d’études sur le sujet. Ce pourcentage est estimé de manière très approximative en comptabilisant le nombre de Syrien.ne.s abonné.e.s aux différentes pages Facebook et en extrapolant à partir de ce nombre. Dans chaque ville en France où se trouve une communauté syrienne, il existe une page Facebook spécifique à cette communauté.</p>
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		<title>Nouvelles Syrie, nouvelles perspectives et lien avec les luttes à Nancy</title>
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		<dc:creator><![CDATA[arl]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Dec 2025 13:08:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>#Chute du régime Peu nombreux.ses sont les syrien.nes à avoir dormi la nuit du 7 au 8 décembre. Scotché.es aux infos, on a suivi seconde par seconde, d’abord la libération de la prison de Saidnaya, et peu après, la chute du régime était annoncée.Les mots peinent à traduire l’euphorie de ces instants 1, 2, mélange [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2025/12/08/nouvelles-syrie-nouvelles-perspectives-et-lien-avec-les-luttes-a-nancy/">Nouvelles Syrie, nouvelles perspectives et lien avec les luttes à Nancy</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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<h2 class="wp-block-heading">#Chute du régime</h2>



<p>Peu nombreux.ses sont les syrien.nes à avoir dormi la nuit du 7 au 8 décembre. Scotché.es aux infos, on a suivi seconde par seconde, d’abord la libération de la prison de Saidnaya, et peu après, la chute du régime était annoncée.<br>Les mots peinent à traduire l’euphorie de ces instants 1, 2, mélange de joie débordante et de tristesse profonde<br>pour celles et ceux qui n’ont pas pu être parmi nous.</p>



<p>Beaucoup d’entre nous avons pensé que la révolution était vaincue, mais des banderoles de l’intérieur de la Syrie nous répondaient même dans les périodes les plus sombres : « La révolution est une idée, et l’idée est immortelle ». Le quotidien de la révolution syrienne qui transparaît à travers les chansons dans les manifestations, les expériences d’auto-organisation dans les villes libérées, la résistance armée et bien d’autres, a amené une transformation profonde de la société qui a fini par vaincre ce régime. Je recommande une vidéo réalisée par Mégaphone qui fait le récit de ce quotidien au fil de l’évolution de la révolution.</p>



<p>Le 8 décembre 2024, l’attaque menée par plusieurs groupes rebelles, dont le plus grand est Hayait Tahrir AL Sham (HTS), parvient à prendre Damas et à faire chuter le régime syrien. Vainqueur militaire, HTS est aujourd’hui à la tête de la Syrie. Quelles sont les conditions de vie en Syrie ? Quelle forme prend le nouveau pouvoir ? Quelles sont les perspectives de lutte qui s’ouvrent à nous ? Et quels liens avec les luttes à Nancy ?</p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">#Conditions de vie</h2>



<p>La Syrie est en ruine à tous les niveaux. Manque d’eau et d’eau potable, coupure de courant 21h par jour minimum, et une population à plus de 80 % sous le seuil de pauvreté. Le premier enjeu de la population est un enjeu de survie matérielle, une réalité qui vient contraster les enjeux vus de la sphère médiatique dominante en Occident. Dans une interview par la BBC, une des premières questions posées à Ahmad Al Sharaa — leader de HTS et actuel président de la Syrie — est de savoir si l’on pourra boire de l’alcool en Syrie.</p>



<p>Cette crise économique perdure depuis des années, elle est d’ailleurs une raison principale de l’effondrement aussi rapide de l’armée syrienne — rappelons que le salaire mensuel d’un soldat était autour de 30 dollars, l’équivalent de quelques repas.</p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">#Tensions intérieures et certaines de leurs ingérences extérieures</h2>



<p>Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS) sont la branche armée du Parti de l’Union Démocratique (PYD), qui est le plus grand parti kurde syrien et qui gouverne le Nord-Est du pays. Il constitue l’autre puissance en Syrie après HTS, qui lui est désormais dissous dans la nouvelle armée.</p>



<p>D’un côté, la Turquie mène via l’ANS (Armée Nationale Syrienne, un groupe armé pro-turc) des bombardements par drones contre le FDS, tue des civils, et exerce une pression sur Damas. De l’autre, il y a des divisions au sein même du FDS, notamment avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), qui semble également pousser contre les négociations de son côté. Le FDS, probablement sous l’influence du PKK, a utilisé des civils comme boucliers pour dissuader les bombardements turcs (sans succès), et il est accusé d’être à l’origine d’une série d’explosions à l’Est d’Alep, dont la dernière à Manbij a fait 20 morts parmi les civils.</p>



<p>Ce qui donne espoir est que Damas et le PYD semblent favoriser les négociations. Cela se voit à travers les annonces de Salih Muslim, le président du PYD, ou encore Ahmad Al Sharaa qui a récemment déclaré : « Actuellement les désaccords avec le PYD ne sont que sur des détails&#8230; Plusieurs forces ne veulent pas que les négociations réussissent, mais nous sommes déterminés dans cette voie ».</p>



<p>La question est complexe et il est difficile de prévoir ce qui se passera. On peut espérer que l’expérience d’auto-organisation du Rojava perdure et qu’elle puisse tisser des liens avec d’autres mouvements dans différentes régions.</p>



<p>Par ailleurs, il y a des tensions à l’ouest du pays où des individus des milices de l’ancien régime se trouvent encore. Les habitants de certaines de ces régions ouest sont à majorité de la confession alaouite — la confession du clan Al-Assad — et ont été victimes ces dernières semaines de plusieurs représailles et actes de vengeance.</p>



<p>Plus généralement, la question de la dissolution des groupes armés pose un vrai dilemme. D’un côté, dans un contexte de tensions et de présence d’armes partout, retirer les armes permet d’éviter un basculement dans des actes de vengeance et dans une guerre civile qui impliquerait diverses puissances étrangères. De l’autre, une dissolution totale des différentes forces permet à Damas de concentrer son pouvoir et d’éliminer tout autre rapport de force à l’intérieur du pays.</p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">#Vers un État central et libéral</h2>



<p>HTS est passé de l’espace révolutionnaire à l’espace étatique. Assez logiquement, son discours aussi. « Le temps de la révolution est terminé, c’est le temps de la construction des institutions » déclare Ahmad Al Sharaa.</p>



<p>À l’intérieur, Damas cherche à concentrer la force armée sous son aile. À l’extérieur, il cherche en priorité la levée des sanctions économiques imposées par l’Occident à la Syrie sous l’ancien régime. Damas affiche grandement son idéologie : le libéralisme. Une des premières mesures phares du nouveau gouvernement est la levée de l’aide d’État sur le prix de la farine, annonçant la voie du marché libre qu’il compte entreprendre.</p>



<p>Mais on remarque aussi des gestes d’inclusivité et une opposition à des voix plus radicales. On peut citer la nomination pour la première fois en Syrie d’une femme, Maissa Sabrine, à la tête de la banque centrale, ou encore des déclarations sur la liberté vestimentaire. Ahmad Al Sharaa commence d’ailleurs ses discours par « Syriens et Syriennes ».</p>



<p>D’autres gestes cherchent à apaiser : arrestation de personnes pour incitation religieuse déplacée ou destruction de symboles religieux. Le gouvernement semble également réagir aux critiques populaires. Par exemple, après un décret rétrograde du ministre de l’Éducation sur les manuels scolaires, la réaction des réseaux sociaux a poussé le gouvernement à faire marche arrière.</p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">#Un État pas encore autoritaire, ni fort</h2>



<p>Le monde entier, y compris HTS, a été surpris par la chute aussi rapide de Damas, et le nouveau gouvernement peine à gouverner. Bien qu’il porte des mœurs conservatrices, il n’est pas obscurantiste. Il cherche une légitimité et une acceptabilité à l’intérieur comme à l’extérieur.</p>



<p>Le nouveau gouvernement est quasi exclusivement tenu par des hommes en uniforme militaire. Lors de leur première apparition publique, l’image a fait scandale, ce qui a poussé Ahmad Al Sharaa à faire un second discours le lendemain, cette fois en civil, en parlant de mandat transitoire et en reprenant les mots de la révolution.</p>



<p>Cependant, il y a des limites : l’actuel ministre de la Justice est impliqué dans l’exécution de deux femmes en 2015, et malgré les protestations, il est toujours en poste.</p>



<p>Dans ce climat de vide de pouvoir et d’effervescence post-révolutionnaire, des initiatives civiles et politiques foisonnent : manifestations quotidiennes, conférences, réapparition de livres interdits. L’ironie est très présente sur les réseaux, avec des slogans comme « Le peuple veut la chute du prochain président ».</p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">#Politique par le bas, internationalisme par le bas</h2>



<p>Dans cette terre politique extrêmement fertile, j’avais une envie débordante de faire quelque chose. C’est dans la dynamique internationaliste « Les Peuples Veulent » que je veux agir. Cette dynamique est présente à Nancy et offre une perspective d’action en Syrie tout en construisant des ponts avec nos luttes ici.</p>



<p>Partant de la réalité matérielle, tout projet politique doit viser l’autonomie vis-à-vis du marché et de l’État. Mais un projet isolé risque de perdre sa portée politique ou d’être écrasé. Il nous faut donc un ancrage local fort <strong>et</strong> des liens globaux. C’est la vision des « Les Peuples Veulent », dont Ancrage à Nancy fait partie.</p>



<p>Le 20 décembre 2024, Ancrage a organisé un événement dans le cadre d’une campagne transnationale de solidarité avec le Liban, avec des collectifs comme « Buzuruna Juzuruna », « Hostel Beirut » et « Mégaphone », permettant de récolter près de 8 000 euros.</p>



<p>Des projets d’autonomie alimentaire fleurissent également en Syrie, en lien avec ce réseau : des membres de Buzuruna Juzuruna reviennent en Syrie, le collectif Al-Byet de Montreuil a acheté des terres à Idleb, et Syrian Seeds Archive collecte des semences du Sud.</p>



<p>Je voudrais pointer un discours dominant dans une certaine gauche occidentale et une partie des intellectuels syriens : la revendication d’un État laïque. Comme si cela suffisait. Comme si la laïcité à la française empêchait l’islamophobie. Ces débats masquent souvent un mépris de classe et une islamophobie latente. Et même si l’on voulait théoriser une laïcité pure, la réalité des rapports de force nous rappelle que nous n’avons pas à dicter un modèle de gouvernance.</p>



<p>Laissons les débats par le haut. C’est plus que jamais le moment de construire une base à nous, par le bas, dans les marges — nous, forces de gauche internationalistes qui croient en la politique par le bas.</p>



<p>Je termine avec une citation du manifeste <em>Révolutions de notre temps</em> des Peuples Veulent :<br><strong>« Ce fut si difficile de se trouver, ne nous quittons plus. »</strong></p>
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		<title>L’importance de l’antiracisme dans les luttes féministes.</title>
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		<dc:creator><![CDATA[assemblage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Nov 2025 10:01:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A Nancy, en septembre 2024, une mobilisation est lancée à l’initiative des salariés de l’AARS (Association Accueil et Réinsertion Sociale) et de syndicats en soutien à deux salariées de l’association de confession musulmane qui, portant le voile, sont menacées d’être licenciées par l’application de la loi « séparatisme ». Ce texte est à l’intention des personnes blanches [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2025/11/23/limportance-de-lantiracisme-dans-les-luttes-feministes/">L’importance de l’antiracisme dans les luttes féministes.</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="685" height="480" data-id="995" src="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2025/11/2025-Roulala-gravure-ces-mains-qui-veulent--e1763833547371.jpeg" alt="" class="wp-image-995" srcset="https://assemblage.media/wp-content/uploads/2025/11/2025-Roulala-gravure-ces-mains-qui-veulent--e1763833547371.jpeg 685w, https://assemblage.media/wp-content/uploads/2025/11/2025-Roulala-gravure-ces-mains-qui-veulent--e1763833547371-480x270.jpeg 480w" sizes="(min-width: 0px) and (max-width: 480px) 480px, (min-width: 481px) 685px, 100vw" /><figcaption class="wp-element-caption">« Ces mains qui veulent nous vêtir et nous dévêtir » Gravure d&rsquo;Imen Roulala</figcaption></figure>
</figure>



<p></p>



<p></p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center">A Nancy, en septembre 2024, une mobilisation est lancée à l’initiative des salariés de l’AARS (Association Accueil et Réinsertion Sociale) et de syndicats en soutien à deux salariées de l’association de confession musulmane qui, portant le voile, sont menacées d’être licenciées par l’application de la loi « séparatisme ».</h2>



<p></p>



<p></p>



<p>Ce texte est à l’intention des personnes blanches féministes ou alliées pour qui ce n’est pas encore clair ces histoires d’intersectionnalité et de féminisme antiraciste.&nbsp;</p>



<p>Me Too a été un mouvement important pour démocratiser les thèses antiracistes et féministes dans nos milieux. Mais la couverture médiatique et les discours majoritaires en France ont pris le pli d’omettre les sujets les plus fâcheux : l’inceste, les violences sexuelles et sexistes à l’encontre des femmes handies et d’autres. On constate que face aux violences commises à l’égard des femmes racisées, une partie du mouvement féministe français manque d’une grille d’analyse antiraciste. Seulement on va droit dans le mur si on ignore ces questions dans nos luttes, puisqu’un mouvement qui ne se soucie que des revendications de ses membres les plus privilégiées, c’est un réformisme et une négociation de nos vies à nous, toutes les «autres.»</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’interdiction de l’abaya est un exemple concret d’attaque à l’encontre des femmes racisées.</h3>



<p>Cette mesure illustre les intersections complexes entre le sexisme, le néocolonialisme et l’islamophobie d’Etat. J’accorderai un intérêt particulier à l’interdiction de l’abaya, car contrairement au port du qami qui est peu répandu dans les établissements français, l’abaya est un vêtement qu’on trouve dans n’importe quel magasin de fast fashion en France. Il se trouve que ce vêtement, largement disponible, fait l’objet d’un acharnement significatif de la part du gouvernement.</p>



<p>À la rentrée 2023, Gabriel Attal annonce l’interdiction de l’abaya et du qamis dans les collèges et lycées français. Pour mieux saisir le caractère islamophobe de cette interdiction, il faut comprendre les diverses significations du port de l’abaya ou du qamis. Le qamis est une tunique ample portée par les hommes, un vêtement traditionnel dans certaines cultures arabes et africaines. L’abaya quant à elle, est aussi un vêtement traditionnel, une robe/tunique ample à manches longues. Il est important de savoir que ces vêtements sont parfois portés par tradition, parfois par simple envie, ou encore, parfois, pour des raisons religieuses. Les raisons du port de ces vêtements sont donc multiples et difficiles à déterminer sans demander aux personnes qui les portent.</p>



<p>Mais voilà, Gabriel Attal juge qu’il s’agit d’un vêtement religieux, porté par des adolescentes de confession musulmane qui tiennent à revendiquer leur appartenance religieuse. L’abaya serait donc une atteinte à la laïcité, une «attaque politique» même selon Olivier Véran.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Comprendre les mécanismes à l’œuvre dans cette offensive.</h3>



<p>Tout d’abord : une volonté du contrôle du corps des femmes, ici de très jeunes femmes.&nbsp;Le contrôle et la sexualisation du corps des adolescentes françaises ne sont pas nouveau, déjà Jean-Michel Blanquer appelait les lycéennes et collégiennes françaises à porter une «tenue républicaine» et Macron «une tenue décente» en 2021. Ces rappels à l’ordre faisaient référence au port du crop-top (tee-shirt court) dans les collèges et lycées français.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’appropriation et le contrôle du corps des femmes</h3>



<p>Il existe cependant des spécificités à cette volonté de contrôle de la part de la classe dirigeante. En France, les normes patriarcales sont fixées depuis le modèle «républicain», et de fait, ses idées se construisent depuis une vision néocoloniale ou les femmes françaises sont libérées puisque la France est le pays des droits de l’homme.</p>



<p>En témoigne l’argumentaire anti-féministe qui nous dit souvent qu’on a déjà l’égalité et qu’on n’a pas à se plaindre et qu’on chipote.</p>



<p>Selon cette vision néocoloniale, les femmes qui habitent dans les anciennes colonies et celles de la diaspora sont toujours soumises au contrôle des hommes puisque les civilisations dont elles sont originaires sont considérées comme arriérées, violentes et anti-féministes.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Selon les normes françaises, une femme se doit d’être sexuellement disponible et «libérée» tout en restant respectable, ne devenant surtout pas une « traînée ».</h3>



<p>Pour Léane Alestra « lorsque des femmes choisissent de porter le foulard, cela devient inacceptable aux yeux des républicanistes pour qui le voile signale une non-disponibilité sexuelle ». Être conformes aux normes françaises de la « bonne féminité » implique non seulement d’être blanche, sous peine d’être déclassée, mais aussi de ne pas afficher des signes vestimentaires (entre autres) qui laisseraient sous-entendre une « non-disponibilité sexuelle ». Penser les femmes non-blanches depuis un spectre sexualisant fait qu’elles sont pensées en termes de non-disponibilité ou à l’inverse d’exotisation. Il se trouve que les femmes noires et arabes sont autant hypersexualisées que diabolisées dès qu’elles sortent des attendus sociétaux occidentaux. Alors, lorsque des jeunes femmes racisées n’affichent pas d’adhésion à cette attente, elles sont perçues avec méfiance et font face à de violentes accusations.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le contrôle du vêtement pour garantir une «&nbsp;disponibilité sexuelle&nbsp;»</h3>



<p>Il reste tout aussi primordial pour ces messieurs les décideurs d’être une femme mince, valide et de ne pas priver les hommes de la vue son corps, de toujours sexualiser son apparence sans «en faire trop» ou être «vulgaire» cf. le rappel à l’ordre de 2021.</p>



<p>Pour illustrer, on peut citer&nbsp;le 6 septembre 2023 : Alain Marschall, animateur sur le plateau de BFMTV, 60 ans, blanc, demande à une lycéenne mineure qui a été exclue pour sa tenue (un tee-shirt long et un pantalon) : «Est-ce que vous préférez ces tenues amples parce que ça cache un peu vos formes ?».&nbsp;</p>



<p>Mise en perspective : un homme de 60 ans demande à une mineure si elle désire cacher «ses formes» (sous-entendu se rendre indésirable) à la télé française. Il est&nbsp;limpide que pour ces hommes, le style vestimentaire des femmes est positivement corrélé à l’affirmation d’une disponibilité sexuelle.</p>



<p>Seulement voilà, avec le port de l’abaya des jeunes femmes dissimulent leur poitrine et leurs hanches et ça ne convient pas à ces Messieurs les dominants qui aimeraient qu’elles se soumettent aux injonctions françaises et patriarcales. Donc ces Messieurs les dominants se doivent de rétablir l’Autorité dans les collèges et lycées. En alliance parfaite avec un sexisme et un racisme paternaliste, on constate aussi une islamophobie à peine cachée.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les conséquences de l’islamophobie d’état&nbsp;: restriction de l’accès à l’espace public&nbsp;</h3>



<p>L’islamophobie d’État ne date pas d’hier, l’interdiction en 2004 du voile dans les écoles, collèges et lycées publics avait annoncé l’acharnement dont allait faire preuve une grande partie de la classe politique et médiatique française.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’islamophobie partout&nbsp;: des institutions scolaires jusqu’aux plages</h3>



<p>En août 2016, on assiste à une scène d’une grande violence : sur une plage à Nice, quatre policiers armés forcent une femme voilée à retirer une couche de vêtements devant ses enfants et les badauds. Une scène légitime et banale pour une partie des Français.es, mais en Grande-Bretagne on juge que cette «police du burkini» se ridiculise par son racisme le plus crasse.</p>



<p>Et depuis plusieurs années, dès l’approche de l’été les chaînes d’infos continuent et la presse réactionnaire s’empressent de créer polémiques et paniques morales sur le port du burkini sur les plages et dans les piscines françaises.</p>



<p>Depuis que la «&nbsp;théorie du Grand remplacement&nbsp;» a trouvé une légitimité dans la bouche de plusieurs responsables politiques et dans les médias français, il est tout à fait banalisé d’accuser les adolescent·es français·es de confession musulmane de faire du prosélytisme, de comploter pour attaquer politiquement le «&nbsp;temple de la laïcité&nbsp;» qu’est l’école publique française.&nbsp;</p>



<p>Toutes les mesures qui visent à empêcher les femmes musulmanes voilées ou non de profiter de la plage, d’accompagner leurs enfants en sortie scolaire, d’accéder à l’emploi, d’accéder à l’éducation n’ont qu’un but : leur refuser l’espace public. En marginalisant et en écartant de la vie publique ces adolescentes et ces femmes, on s’assure de leur mort sociale et on les plonge dans la précarité.</p>



<p>Peu après l’écriture de ce texte, le Sénat a adopté une proposition de loi du parti Les Républicains visant à interdire le port de signe religieux dans les compétitions sportives et les piscines municipales. Ainsi, l’exclusion d’une partie des femmes du milieu sportif est actée et normalisée dans notre pays.</p>



<h3 class="wp-block-heading">De la nécessité d’un féminisme révolutionnaire</h3>



<p>Sur le cas de l’abaya, comment les personnels des équipes pédagogiques peuvent-iels différencier une «abaya» portée religieusement d’une «robe ample» portée sans volonté de manifester une appartenance religieuse ? Les équipes pédagogiques se baserons donc sur le propre jugement qu’iels se font des origines et la confession religieuse supposées de ces jeunes femmes.&nbsp;</p>



<p>S’il est supposé ou su qu’une élève est de confession musulmane, alors elle portera forcément l’abaya de manière religieuse. Ce raccourci s’est démontré dans les cas de renvoi d’élèves dénoncés sur les réseaux sociaux. Ce pouvoir de décision ainsi accordé au personnel éducatif permet déjà aux membres d’établissement les plus réactionnaires de laisser libre cours à leur racisme.</p>



<p>Il est désormais acquis que l’interdiction de l’abaya représente une énième offensive sexiste et raciste. Le mouvement féministe révolutionnaire se doit de lutter contre le racisme, et en particulier lorsqu’il s’articule au sexisme pour frapper encore plus durement nos camarades racisées et/ou musulmanes.</p>



<p>Il est important de bien garder en tête que sitôt qu’on laisse des cons desséchés déterminer ce que les femmes non-blanches et/ou musulmanes peuvent porter, ça ne tarde pas avant que le reste de la classe des femmes en prenne pour sa gueule aussi. L’un ne va pas sans l’autre. <strong>Quand la liberté d’une femme est entravée c’est celle de toutes les autres qui l’est aussi. </strong></p>



<p>Gagnons le rapport de force contre un féminisme dévoyé par les classes dominantes pour asseoir leurs projets racistes et transphobes.</p>



<p>Refusons l’instrumentalisation du concept de laïcité, uniquement mobilisé pour&nbsp;dégueuler en toute quiétude des thèses islamophobes et suprémacistes.</p>



<p>Notre projet de libération a un avenir certain seulement si on y travaille ensemble. Avec l’horizon 2027 et le fémonationalisme infusé dans notre ministère actuel cf Retailleau, c’est plus que le moment de faire front de façon unitaire. Donc le seul féminisme qui vaille est un féminisme antiraciste et antifasciste.&nbsp;</p>



<p>C’est à nous et seulement à nous de décider ce que l’on porte, et ce qu’on met sur nos têtes. Alors avec ou sans abaya à bas le patriarcat !</p>



<p>Iman</p>



<p>_________________________________________</p>



<p>Bibliographie :</p>



<p>Alestra, L. (2023, septembre). L’obsession pour l’abaya : symptôme d’une culture du viol postcoloniale [Post Instagram]. Instagram. https://www.instagram.com/khlass_les_cliches</p>



<p>Alestra, L. (2024, avril). Pourquoi la République déteste-t-elle les femmes voilées et les LGBT+ ? [Blog]. Mediapart. https://www.mediapart.fr</p>



<p>Ben Nasser, D. (2024). 2004-2024 : 20 ans d’islamophobie [Film]. CCIE.</p>



<p>Crenshaw, K., &amp; Bonis, O. (2005). Cartographies des marges : intersectionnalité, politique de l’identité et violences contre les femmes de couleur. Cahiers du Genre, 39(2), 51-82. https://doi.org/10.3917/cdge.039.0051</p>



<p>CCIE. (2023a). De l’interdiction à l’insulte, sur les propos du Président de la République. CCIE. https://www.ccieurope.org</p>



<p>CCIE. (2023b). Interdiction des abayas à l’école : jusqu’où ira le détournement du principe de laïcité ?. CCIE. https://www.ccieurope.org</p>



<p>Della Sudda, M. (2022). Les nouvelles femmes de droite. Hors d’atteinte.</p>



<p>Ouassak, F. (2020). La puissance des mères. La Découverte.</p>



<p>Vergès, F. (2019). Un féminisme décolonial. La Fabrique.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-028-backlink">1</a> En poste de 21h à 07h30 en période scolaire et de 21h à 09h en période de vacances.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-027-backlink">2</a> Aide Sociale à l’Enfance/Mineurs isolés Non-Accompagnés.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-026-backlink">3</a> Service d’Accueil des Mineurs Isolés Étrangers.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-025-backlink">4</a> Réseau Éducatif de Meurthe-et-Moselle.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-024-backlink">5</a> Par équipe éducative, il est question autant des éducateur.ices, des agents éducatifs de nuit, des bénévoles et services civiques, stagiaires IRTS, des cadres, de la direction, et des syndicats.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-023-backlink">6</a> La plupart sont de confessions musulmane ou chrétienne. Il y eu parfois des bouddhistes et hindoues, mais cela reste un témoignage personnel, donc non exhaustif quant à la diversité religieuse du SAMIE.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-022-backlink">7</a> Voir Frantz Fanon, Racisme et Culture, Ed., Présence Africaine 2002/1 (N°165-166), pages 77 à 84.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-021-backlink">8</a> Conseil départemental de Meurthe-et-Moselle &amp; Réseau éducatif de Meurthe-et-Moselle.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-020-backlink">9</a> Le militantisme culturel est à comprendre ici comme des actions culturelles axées sur une éthique et une morale sociale, par le biais de diverses formes artistiques (éducation populaire, ateliers d’écriture, sorties musées, cinéma, création de projets, échanges intergénérationnels et interculturels, initiations aux arts, éducation aux et par les média, etc.) et non comme l’expression d’idéologies partisanes.</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-019-backlink">10</a> inter-mouvement auprès des évacués).</p>



<p>Tel, entre autres, le Festival migration du bassin houiller lorrain, ou Migrant’scène organisé par la CIMADE</p>



<p><a href="file:///Users/torenzo/Desktop/Assemblage/MEP-ASS-2025.html#footnote-018-backlink">11</a> Cet article se base sur trois années de travail ; le présent compte rendu est donc un condensé de faits réels survenus lors de ces années, et ce durant la nuit et le jour.Le cas d’une intersection des oppressions : l’interdiction de l’abaya.</p>
<p>L’article <a href="https://assemblage.media/2025/11/23/limportance-de-lantiracisme-dans-les-luttes-feministes/">L’importance de l’antiracisme dans les luttes féministes.</a> est apparu en premier sur <a href="https://assemblage.media">Assemblage</a>.</p>
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